Seulement deux mois après « Black Widow » et à peine deux mois avant « The Eternals », Marvel nous présente déjà son nouveau bébé de la phase IV du Marvel Cinematic Universe. Ce déferlement s’explique bien sûr par la crise sanitaire et pourrait lasse, mais les chiffres semblent dire le contraire. Avec ce nouveau personnage on entre vraiment dans une nouvelle ère pour la firme car « Black Widow » était plutôt un hommage assez réussi à un des personnages majeurs de la décennie passée qui n’avait pas eu droit à son aventure solo. Un bon film d’action et d’espionnage à la sauce girl power. On attendait donc du renouveau, de l’innovation et des surprises. Et bien on sera pour nos frais. Car « Shang-Chi et la légendes des dix anneaux » plaira certainement aux fans de l’univers partagé MCU et aux amateurs de blockbusters peu regardants mais tout cela tourne à la formule trop huilée et ronronnante. On est face à une superproduction formatée et liftée de toutes parts qui est juste censée draguer le public asiatique de toutes les manières possibles. Un peu comme l’avait de manière bien plus probante et captivante « Black Panther » pour le public afro-américain il y a cinq ans. Un film opportuniste donc, même si la sincérité apparente nous contredit. Mais, surtout, une firme Marvel chaperonnée par Disney qui mange décidément à tous les râteliers après avoir rattrapé son retard sur la mouvance féministe avec « Captain Marvel » d’abord, puis « Black Widow » donc.
Marvel a encore choisi un réalisateur venu du cinéma indépendant, en l’occurrence Destin Daniel Cretton qui avait dirigé Brie « Captain Marvel » Larson dans le sympathique « States of Grace » puis Michael B. Jordan (ennemi de « Black Panther ») dans le fastidieux « La Voie de la justice ». Tout un réseau! Et bien que ce soit lui ou n’importe quel faiseur hollywoodien, on ne voit pas la différence tant le rouleau compresseur Marvel (comme peut l’être celui des producteurs actuels de « Star Wars » par exemple) annihile toute velléités auteuriste et personnelle. Peu de films du MCU ont réussi à échapper à cela et adopter une voie singulière hormis Taika Waititi avec le fou « Thor : Ragnarok » et James Gunn pour « Les Gardiens de la Galaxie » et sa suite. C’est pourquoi l’attente autour de « The Eternals » mis en scène par la fraichement oscarisée pour « Nomadland » Chloë Zhao est à son comble. Ici, c’est l’un des films de la firme le moins réussi aux côtés de « Ant-Man 2 » ou « Thor 2 ». Et probablement l’origin story la moins excitante du catalogue, mais ayant certes le point faible de passer après des dizaines d’autres. On a le droit à un éventail quelque peu fourre-tout de tout ce que l’Occident connait et apprécie de la culture et des coutumes asiatiques. On pense beaucoup au studio Ghibli et à leur onirisme en rapport à la nature et aux mondes extraordinaires, aux mangas dans certains combats qui rappellent « Dragon Ball Z » ou encore aux films de wu xia pan comme « Tigre et dragon » pour d’autres. Bref cette compilation frôle parfois l’indigestion mal négociée et maladroite.
Sinon et en vrac : on a droit à une bande originale abrutissante de titres qui agressent les oreilles, à un humour les trois-quarts du temps lourd et navrant (et plus le MCU avance, pire c’est), à des dialogues profondément plats, basiques et fonctionnels, à des effets spéciaux parfois un peu voyants (comme la forêt ou la scène du bus) mais aussi parfois très réussis (le monde de Ta Lo sublime), à des combats très beaux à regarder mais parfois trop sombres, à des rebondissements et des répliques parfois à la limite du ridicule, à des acteurs chinois fatigués et n’ayant pas le charisme qu’on leur connaît (Tony Leung et Michelle Yeoh), à un acteur principal mutique (Simu Liu), à un second rôle rafraîchissant (Awkwafina, la vraie valeur ajoutée du film), à une tragédie familiale banale et pas émouvante pour un sou, à un retour inattendu, amusant et qui corrige une erreur passée du MCU (Ben Kingsley excellent) et, enfin, à un final en forme de bouillie numérique semblable à la plupart de ceux de la concurrence chez DC Comics. On suit donc tout cela à la limite de l’ennui tant c’est formaté et sans personnalité propre. Et ça ne prendra plus auprès des plus exigeants qui s’attendaient à du neuf. Cette recette sans aspérité n’est certes pas une catastrophe ni un mauvais film mais cela devient fade et similaire à une vingtaine d’autres. Un blockbuster industriel trop opportuniste et prévisible pour convaincre.
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