Quel étrange question que le réalisme, puisque, sans critères, il apparaît des plus subjectif et force à s'enliser dans un débat sans issue(s). Ce qui est triste c'est que plusieurs défendent ici une conception étroite du réalisme et, de ce fait, passe totalement à côté de l'oeuvre en voulant défendre bec et ongles leur conception en prenant ce film comme un cas, lui extrapolant des prétentions auxquelles soumettre leurs objections.
Dans tous les cas, ce film est vraisemblable. Et, si le Québec dépeint n'est pas décalé de celui qu'on peut empiriquement observer en regardant par la fenêtre, il cesse d'être réel(/réaliste) là où l'esthétisme prend le pas - comme n'importe quel film d'ailleurs ! Cette esthétique fait partie d'un tout cohérent - et, de surcroît, d'une vision artistique, d'une création/construction, de choix.
Avec « Sarah préfère la course » on est en présence d'un film où la forme - son expressivité (par les cadrages, les couleurs, la composition de l'image, etc.) - prend le pas sur l'aspect narratif. Par exemple, la couleur grise qui tapisse le film est à l'image du personnage. Ces choses en disent long sur le personnage qui, au fond (sur le plan narratif), veut simplement courir.
Ce film reprend, à sa façon, la prémisse romantique des deux derniers films de Darren Aronofsky, à savoir un personnage qui ne vit que pour cette seule chose qu'il/elle aime faire, et cela jusqu'à la mort (?) - l'extravagance en moins.
J'ai apprécié ce film parce qu'il est cohérent, parce qu'il laisse la place au spectateur pour se poser des questions sans lui donner/obliger des réponses, et parce que les enjeux et les moyens considérés par le personnage sont près des dilemmes personnels contemporains.