Melting-pot spirituel assez digeste
Un film tourné au Ladakh, en ladakhi et en tibétain, sur la spiritualité
buddhiste et la sexualité, se doit d'être remarqué. Las, le réalisateur
gujarati Nalin Pan n'a pas fait appel à des acteurs locaux pour ses
protagonistes principaux, mais au sino-américain Shawn Ku, à la
sino-québecoise Christy Chung (Miss Chine internationale 1993) et à la
germano-indienne Neelescha Bavora, tous trois nés en occident. Malgré
l'origine de son réalisateur, né pas loin de la plus grande industrie
cinématographique mondiale à Bombay / Mumbai, le film n'a que peu de
choses à voir avec les canons bollywoodiens, il s'inscrit dans les films
sur le bouddhisme fait par les occidentaux, aussi du fait que la
production cinématographique ladakho-bhutano-tibétaine reste marginale.
En dépit de tout cela, le film évite assez bien l'effet carte postale.
Dans une forme très classique, dont on a l'habitude depuis Kundun, Sept
ans au Tibet ou même le très réaliste Himalaya, l'enfance d'un chef,
Nalin Pan questionne le sujet épineux du désir chez les moines, ce qui a
d'ailleurs provoqué la controverse à Dharamsala, siège de Dalaï Lama en
exil, sans que ce film soit néanmoins censuré de quelque forme que ce
soit. L'histoire se concentre sur un moine, méditant dans un ermitage
pendant 3 ans, 3 mois et 3 jours en quête de l'illumination. Mais il est
puceau et comprend qu'il doit faire l'expérience de la société humaine
pour pouvoir y renoncer et atteindre le Samsara. Le film fait
probablement appel à la mythologie védique, avec le personnages de
Vishvamitra qui fut séduit par Menaka sur ordre du roi Indra, seigneur
du ciel. La morale du film est donc très archétypale, mais c'est dans
les intéractions entre les personnages, dans les scènes de sexe crues,
toujours montrées avec un souci très spirituellement correct de
complémentarité sexuelle, que le film décolle vraiment. Le film est donc
loin d'être fidèle à la mentalité locale, mais offre un regard
extérieur honnête et franchement osé sur l'apprentissage de la
spiritualité. On ne s'ennuit pas, et le film est un voyage d'un exotisme
pas trop racoleur et d'un esthétisme soigné pour des yeux
d'occidentaux.