Si vous allez voir Ru, il est bien possible que vous trouviez ce très beau film touchant et plein de tendresse. Mais il n’est pas impossible non plus que vous jugiez cette adaptation du roman de Kim Thuy longue et ennuyante. Un spectateur averti en vaut deux.
Pour ma part, je fais partie de la première catégorie. Souvent pourtant, je suis déçu par les longs métrages tirés d’un livre. Ce n’est pas le cas ici, peut-être parce que le film est très différent de l’œuvre initiale. Non pas que les scénaristes aient modifié les faits. L’histoire racontée est pour l’essentiel la même : c’est celle d’une famille vietnamienne riche qui a dû fuir Saïgon en catastrophe et qui est venue refaire sa vie dans une petite ville du Québec après un passage atroce et dangereux dans un camp de réfugiés.
Mais le réalisateur Charles-Olivier Michaud et son scénariste Jacques Davidts ont tiré de ce récit autobiographique un film qui s’est affranchi du livre. Ils ont réussi l’adaptation d’une œuvre qu’on disait inadaptable en y restant fidèle, mais sans en demeurer prisonniers. C’est un exploit rare.
Aussi ont-ils résisté à la tentation d’insérer dans la narration des extraits de Ru. Au début, je le regrettais tant le texte de Kim Thuy est beau. J’aurais aimé entendre le texte en voix hors champ. Mais j’ai fini par comprendre le point de vue choisi. Ils ont présenté Tinh, l’alter ego de Kim, telle qu’elle était à son arrivée chez nous : une jeune fille sensible, si traumatisée par les événements qu’elle avait vécus qu’elle en était devenue mutique. Sa voix, elle ne la retrouve qu’à la toute fin, grâce à l’écriture.
Le réalisateur a remplacé la lecture hors champ en laissant une large place à la musique, très bien choisie. Le résultat donne une œuvre attachante, chaleureuse et bouleversante.
De tous les acteurs de ce film choral, je retiens notamment Chantal Thuy, remarquable dans son rôle de mère qui était prête à mourir pour que ces trois enfants aient un avenir. On la voit passer du statut de grande bourgeoise à petite ouvrière dans une modeste entreprise de couture. De bout en bout, elle joue toujours juste.