Excès de malheurs mal dégrossis.
Le film qui nous intéresse ici est de ceux qui, s’ils n’avaient pas été tiré de faits réels, nous aurait paru excessivement versé dans le pathos, à la limite du chantage à l’émotion. Procédés qui, souvent, aboutissent au résultat inverse de celui escompté pour une bonne partie des spectateurs : l’émotion reste à distance. Heureusement, l’encart nous prévenant que l’histoire de cette famille est véridique permet de mieux accepter cette accumulation de malheurs et de tragédies. Le cas contraire, on aurait peut-être même trouvé cela poussif et invraisemblable. Car dans « Rosemead », il y a le deuil d’un père mort tragiquement mais aussi la mère atteinte d’un cancer incurable et, enfin, le fils unique qui est atteint de schizophrénie. Donc oui le programme est chargé et ce drame n’a pas besoin de pousser les curseurs du dolorisme pour l’être. Si on est parfois émus par (toutes) petites touches, la véritable émotion, celle qui devrait nous déchirer le cœur a bien du mal à pointer le bout de son nez. C’est un premier film et Eric Lin a peut-être vu trop grand niveau tragique pour inaugurer sa carrière de réalisateur. Le long-métrage semble souvent peu sûr de lui aussi bien dans sa narration que visuellement ou dans l’appréhension de ces divers traumas. Il manque de substance, de séquences pour mieux comprendre ce que vit cette famille décomposée par la mort et la maladie.
Il faut dire qu’il est extrêmement difficile de traiter d’autant de sujet graves en à peine une heure et demie. À ce titre, le film semble commencer de manière trop directe sans prendre la peine d’esquisser plus en détail l’impact de la mort du père (que l’on ne verra pas vivant) pour préférer la schizophrénie du fils. Et cette pathologie n’est pas aisée à traiter à l’écran. Lin tente des choses et réussit parfois certains de ses essais mais c’est souvent maladroit. On ne se rend pas bien compte de ce que vit ce jeune homme et des conséquences que cela peut avoir sur sa vie scolaire, amoureuse et familiale. Alors quand on rajoute le thème des armes à feu dans la boucle, ça paraît beaucoup. On ressent « Rosemead » comme une œuvre décousue et inaboutie la plupart du temps, une œuvre à laquelle on a du mal à trouver des accroches en tant que spectateur. Le dernier acte, tétanisant et inattendu, relève un peu le tout. Néanmoins, on n’en voit pas les conséquences, comme s’il manquait aussi des scènes sur la fin du long-métrage. Dans ce film peu assuré, il est plaisant de retrouver Lucy Liu dans une prestation complexe qu’elle honore avec aisance à défaut de nous épater. Une œuvre sincère mais pas vraiment convaincante.
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