Bizarrerie de musée.
Vu à Montréal.
Si, au départ tout du moins, ce second film canadien d’un duo de réalisateur mixte part sur des bases vues et revues, il va s’en détacher de plus en plus partiellement pour ensuite nous convaincre davantage. En effet, « Honey Bunch – Retrouvailles » démarre avec un couple en voiture (vu et revu) qui se dirige vers une propriété perdue dans les bois loin de tout (encore vu et revu) censée soigner certaines pathologies avec un traitement miracle (un peu vu, comme avec le génial et injustement méconnu « A cure for life » de Gore Verbinski, déjà avec Jason Isaccs). Une fois arrivés dans ce manoir perdu, l’héroïne commence à ressentir et voir de drôles de choses (toujours vu et revu) et commence à soupçonner l’institut et même son mari (bis repetitia). Sans être ratée la première partie pose les bases mais s’enterre dans les lieux communs sur le versant narratif. En outre, c’est parfois un peu trop contemplatif et non dénué de longueurs. Il va sans dire que la première heure du film n’est donc pas pleinement mémorable ou captivante.
Puis, les desseins des réalisateurs et scénaristes commencent à s’esquisser et les révélations sur ce qui se trame dans ce drôle d’endroit viennent complètement relancer notre intérêt. On va de surprise en surprise et on prend plaisir à tenter de démêler les mystères proposés par ce long-métrage à l’atmosphère pour le moins peu commune. Véritablement étonnant et génialement bizarre, « Honey Bunch – Retrouvailles » se mue en une œuvre à l’étrangeté assumée et dont la singularité sur le tard vient presque surpasser les impressions de déjà-vu du départ. Certes inabouti sur bien des aspects, le scénario est plein de surprises et de joyeuses folies qui font alterner notre ressenti entre effroi, curiosité et dégoût. Le film ne fait pas vraiment peur, il s’en dégage plutôt une impression de malaise et de malsain malgré quelques visions cauchemardesques bien senties.
Là où le long-métrage se démarque le plus, c’est sans conteste dans l’armada visuelle mise en place par Madeleine Sims-Fewer et Dusty Mancinelli. Situé dans les années 70 ou 80, le film adopte une esthétique propre au cinéma de ces années-là. Ce qui lui confère une patine singulière, volontairement passéiste comme si on avait retrouvé un vieux film. Ce côté désuet renforce l’étrangeté de cette œuvre finalement plus originale qu’on ne le pensait de prime abord. L’image fait presque sale et la photographie sépia ajoute à cet effet vieilli et abîmé du meilleur effet. Au final, si « Honey Bunch – Retrouvailles » peine au démarrage avec une impression de redite, sa facture formelle rare et une seconde partie bien plus stimulante et qui regorge d’idées en font un film certes inabouti mais loin d’être dénué d’intérêt.
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