Que ce soit à la lecture du script ou à partir du moment où on connaît la note d’intention ou encore à la vue du marketing (de la bande-annonce à l’affiche), on n’aurait jamais misé sur Darren Aronofsky comme réalisateur et instigateur de ce projet. « Pris au piège » est en effet clairement un long-métrage dit léger, entre le film de gangsters, le polar et la comédie alors que le cinéaste est bien plus connu pour le contraire. Entre ses films chocs et cultes (les chefs-d’œuvre « Requiem for a dream » et « Black Swan ») à la noirceur incommensurable, ses drames à Oscars tout aussi sombres (« The Wrestler » et « The Whale ») et ses projets démesurés entre le réussi (« Noé »), le semi-convaincant (« The Fountain ») ou le complètement foiré comme l’horripilant « Mother! », tous les trois également loin de procurer sourire et sentiment de douceur, c’est un changement radical et étonnant de registre.
On a l’impression durant toute la projection de ce très sympathique film (au final bien plus satisfaisant et plaisant que certaines de ses œuvres plus intellectuelles et, il faut le dire, parfois pesantes) que le cinéaste a voulu s’accorder une petite récréation pour se faire plaisir sans se prendre la tête. Et ainsi prouver au monde du septième art qu’il sait aussi être léger et plus inconséquent. Alors certes, « Pris au piège » n’entraînera pas de grandes conversations sur la signification profonde de tel ou tel choix artistique, mais c’est un plaisir direct, efficace et bourré d’une nostaglie et d’une énergie rare qui en font un bon petit moment de divertissement humble et bien foutu sur tous ses aspects.
Le film nous replonge au sein du New York interlope de l’East Village de la fin des années 90 avec allégresse. On ressent le pouls de la ville avant que Manhattan ne se gentrifie à grande vitesse. L’atmosphère bordélique de la ville est bien retranscrite et le mélange des genres entre suspense et saillies comiques décalées est parfaitement négocié. En plus de cela, il y a une indéniable maîtrise formelle et un sentiment d’urgence qui fait penser fortement aux films des frères Safdie « Good Times » avec Robert Pattinson, en plus accessible et grand public. « Pris au piège » est le genre d’œuvre qui se fait rare sur les écrans, presque désuète sur le fond mais moderne sur la forme. Il y a du « Midnight Run » et du « After Hours » là-dedans sans qu’on verse vers l’hommage facile ou le plagiat.
L’intrigue est volontairement alambiquée et retorse avec quelques rebondissements bienvenus et inattendus mais elle demeure toujours lisible en plus d’être facile et plaisante à suivre. Les envolées comiques se marient parfaitement aux excès de violence sèche et à la guerre que se font tous ces personnages pour récupérer un magot. Le fait de situer le film à une époque sans téléphones portables ou technologie avancée permet plus de choses et nous rappelle le bon cinéma d’exploitation de cette époque. Aronofsky n’oublie pas de nous gratifier de quelques séquences de poursuites captivantes où il peut quand même nous prouver visuellement sa maîtrise et sa science du cinéma.
Le tout est aussi sec que délirant et il permet de voir évoluer une sacrée galerie de personnages à tronches en guise de seconds rôles qui gravitent autour d’un Austin Butler décidément star dans toute sa splendeur. L’acteur fait montre d’un charisme encore une fois indéniable et s’avère aussi à l’aise dans l’action que la comédie, voire même l’émotion au détour de quelques scènes. À ses côtés, le casting est génial de Matt Smith en punk fou à Regina King en flic tenace en passant par un duo de rabbins meurtriers joué par Liev Schreiber et Vincent d’Onofrio pour un sacré cocktail de gueules patibulaires. « Pris au piège » c’est la parfaite série B de luxe du samedi soir et ça donne envie de revoir Aronofsky s’amuser.
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