Plus que fort que nous.
Pointons du doigt tout de suite l’un des seuls défauts du film : pourquoi Diable commencer encore une fois par un flash-forward? Ce tic de montage et de narration consistant à nous montrer une séquence se plaçant à la fin de l’histoire à son tout début du n’avait ici une nouvelle fois aucune raison d’être. Dans certains films, il y a une utilité avérée pour accroître le suspense ou mettre le spectateur sur une fausse piste mais dans une comédie dramatique comme ici, une histoire vraie en plus, cela n’a aucun sens et enlève une part de surprise au parcours incroyable de ce jeune homme. C’est vraiment un effet de mode complètement idiot. Ensuite, il est vrai que la réalisation de Kirk Jones (qui n’avait pas mis grand-chose en scène d’exceptionnel auparavant, de « Nanny McPhee » à des comédies romantiques oubliables) est un peu trop sage et appliquée. Il est cependant avéré que les feel-good movies sociaux à l’anglaise n’ont jamais été réputés pour leur maestria formelle. C’eut été un plus mais ce n’est pas vraiment un moins non plus.
Maintenant, concentrons-nous sur cette petite merveille de film et son sujet en or. Le syndrome de Gilles de la Tourette est souvent source de rires voire de moqueries alors qu’un film s’en empare sous couvert d’une histoire vraie permet de véritablement comprendre ce qu’il est. Tout comme ce que cela implique pour ceux qui en sont touchés dans leurs vies de tous les jours, que ce soit dans le cadre familial, amoureux ou encore du travail et de la vie en société. Un pari risqué mais accompli dans les grandes largeurs comme par magie. Car, oui, voilà une œuvre magique. « Plus fort que moi » prend le cas d’une personne touchée alors qu’on ne mettait pas de mots dessus à l’époque. Et ça rend le récit encore plus fort et impactant. On suit donc l’adolescence de John qui voit sa vie et son avenir complètement compromis lorsque cette pathologie se déclare sans crier gare. La partie lorsqu’il est adolescent montre bien comment on ne prend pas au sérieux un tel cas. Et le film va ensuite monter son évolution, les embûches mises sur le chemin de John tout comme les belles rencontres qui vont changer sa vie ainsi que la manière dont il va faire évoluer le regard sur ce syndrome dans son pays. Jamais larmoyant mais toujours touchant, le long-métrage nous embarque dans le sillon de son personnage durant deux heures qu’on ne voit pas passer. On adore également les personnages secondaires, bienveillants et salvateurs joués par Maxine Peake (son ange gardien) et Peter Mullan (qui lui a permis de trouver un travail).
Ce qui est vraiment incroyable et réussi dans « Plus fort que moi », c’est qu’on rit beaucoup. Mais on ne rit pas de John. On rit avec lui. Ces insultes et ses tics de langage lui font dire et faire des choses aboutissant à des situations iconoclastes et vraiment drôles. Le moment le plus drôle est sans conteste celui où il se retrouve avec une jeune fille a la même pathologie, enfermés dans une voiture. C’est toujours filmé avec tendresse et empathie, sans jugement, un traitement indispensable à l’équilibre fragile que cette œuvre réussit haut la main. Il fallait cependant un interprète de haut niveau pour se fondre dans un tel rôle et Robert Aramayo est purement exceptionnel. Tout comme le jeune acteur qui l’incarne dans la partie adolescente. On sent un long travail de recherche et de documentation pour se glisser dans un tel rôle, sans que ce soit caricatural. On comprend qu’il ait recu la récompense suprême aux nez et à la barbe de Timothée Chalamet pour « Marty Supreme ». « Plus fort que moi » est donc vraiment une petite merveille et ce que le feel-good movie social britannique sait faire de mieux. Un pur enchantement et un long-métrage qui lève le voile avec humour et tendresse sur une pathologie trop souvent moquée. Un tour de force nécessaire en plus d’un divertissement familial qui plaira à tous.
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