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Peau à peau

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Rémy Fiers

L'indicible.

Traiter de sujets tabous au cinéma est déjà une gageure en soi. On peut citer des exemples comme le viol, l’inceste, les violences conjugales ou même la nécrophilie pour un sujet encore plus extrême et malaisant. Ici, rien d’aussi violent ou gênant mais quelque chose dont on parle peu et qui demeure encore aujourd’hui mal compris : celui de la dépression post-partum. Un problème psychologique encore peu cerné par la médecine et la psychiatrie et qui demande beaucoup de tact pour être traité, que ce soit dans un livre, un documentaire ou, comme ici, dans un long-métrage. Pour une première fois derrière la caméra, la jeune cinéaste Chloë Cinq-Mars se risque donc à quelque chose de complexe, ambitieux et retors.

Avec « Peau à peau », la jeune femme fait preuve d’une grande maîtrise de son sujet et l’empoigne à bras le corps même si elle fait des choix tout à fait marqués et, même si remarquables, qui pourront déplaire. En effet, le film est constamment à la frontière entre le réel et le fantastique. Dès lors qu’un incident va perturber la jeune maman qui a déjà du mal à dormir depuis la naissance compliquée de son enfant, des souvenirs douloureux vont refaire surface et des psychoses vont émerger, brouillant sa perception de la réalité. On est ici admirablement dans l’indicible et on ressent les choses comme Penelope. La réalisatrice s’est fortement documentée sur le sujet cela se sent et le fait d’injecter ces influences presque lynchiennes dans son long-métrage le rendent original et intrigant.

La mise en scène est sublime, preuve de goûts esthétiques forts et qui flattent la rétine du spectateur et cela dès le générique. On a même droit à des fulgurances esthétiques qui permettent au film de ne pas ennuyer malgré sa lenteur et son côté parfois austère (peu de personnages, peu de lieux, des hallucinations permanentes, ...). Si le sujet est lourd et qu’il demandait peut-être plus de détails sur le versant médical pour bien le cerner et que la dernière ligne droite qui verse presque dans l’horreur est moins convaincante, « Peau à peau » est une première œuvre qui s’avère prometteuse pour la jeune cinéaste. Il y a quelque chose de fort et d’ambitieux dans ce premier essai que la comédienne Rose-Marie Perreault porte de manière combattive et à fleur de peau sur ses jeunes épaules. Un talent à suivre.

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