Cracker et Oreo VS Klu Klux Klan.
Cette histoire vraie adaptée sur grand écran aurait pu être bien meilleure que le résultat final qui nous est présenté dans les salles. On n’a rien contre Elegance Bratton. Mais son seul fait d’armes est l’inédit en France « The Inspection » qui suivait un jeune gay dans l’armée américaine. Un film indépendant américain réussi mais pas inoubliable en plus d’être passé sous les radars. Pour sa première grosse production le cinéaste a, semble-t-il, été écrasé par le poids des charges d’un film de studio auquel il ne parvient jamais à insuffler un style et une voie propre. En parlant de la ségrégation dans le Vieux Sud des États-Unis dans les années 60, le cinéaste se parait d’un sujet en or. Il le traite à travers des meurtres perpétrés par le Klu Klux Klan sur lesquels vont enquêter l’un des premiers agents du FBI noir et un homme de main de la mafia travaillant pour le célèbre bureau fédéral. Bref, des thématiques puissantes étaient à portée de main aussi bien politiquement qu’historiquement et socialement.
Malheureusement, il manque clairement d’un point de vue fort sur le sujet ici. Cette intrigue autorisait bon nombre de développements plus aiguisés et un traitement bien plus pointu. « Par tous les moyens » aurait pu (et aurait dû) offrir un discours plus contemporain et plus partisan sur le sujet mais c’est comme si le scénario bottait constamment en touche et ne se servait que de ce contexte riche pour y planter son histoire policière. C’est un peu frustrant et on en vient à rêver de ce qu’un réalisateur plus expérimenté et politisé aurait fait d’une telle histoire. On pense bien sûr à Spike Lee qui a brillamment traité le sujet avec « BlacKkKlansman » ou encore un artiste enragé comme Oliver Stone ou plus populaire comme Steven Spielberg. Et il faut dire que la mise en scène est, au mieux fonctionnelle, au pire paresseuse. Le constat est sans appel, notamment dans les rares scènes d’action à la tension pachydermique et aux maladresses palpables (l’assaut contre la maison du personnage de Giancarlo Esposito est un empilement d’incohérences et de mollesse).
Il n’empêche, ce second long-métrage n’en demeure pas moins tout à fait plaisant et regardable. Il faut juste le prendre pour une série B policière ou un divertissement à l’ancienne du samedi soir. Le duo composé de ces deux personnages à priori antinomiques fonctionne bien et Mark Wahlberg est excellent en brute décomplexée. L’intrigue est très linéaire et manque clairement d’aspérités mais on ne s’ennuie à aucun moment. « Par tous les moyens » montre, comme beaucoup d’autres œuvres sur le sujet, la bêtise du racisme ordinaire. Et au vu du contexte actuel, le film résonne étrangement. La narration est fluide, les séquences crispantes sont au rendez-vous et on ne doute aucunement des bonnes intentions du film, le côté polar étant bien négocié. C’est donc juste l’exemple typique d’une production lissée, générique mais bien exécutée qui aurait juste pu être plus imposante avec un traitement plus adéquat, frontal et politique.
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