Palmier toxique et emprise électrique.
Drôle de titre que ce « Palm Trees and Power Lines » ... Palmiers et lignes électriques donc en français. Deux termes qui semblent antinomiques, qu’on n’imagine pas vraiment ensemble dans le paysage, et dont on se demande la signification de prime abord. On suppose que cette association de mots symbolise aussi bien le lieu de l’action, où on aperçoit aussi bien les uns que les autres, que les deux personnages principaux. Et c’est cette seconde option qui nous plaît le plus. Puisqu’en effet, il s’agit ici d’un trentenaire et d’une adolescente qui vont entamer une relation interdite (elle a dix-sept ans, et donc un consentement pas forcément clairvoyant) et abusive (il use d’une certaine emprise). Et là est justement le sujet de ce premier long-métrage : une relation toxique, sous emprise et empreinte de masculinité toxique. Deux êtres que l’on ne devrait pas voir associées de la sorte. Ce thème est très souvent traité au cinéma depuis quelques années, et plus frontalement depuis le mouvement MeToo, comme récemment dans le moyen « L’Amour et les forêts » ou encore le très niais « Jamais plus ». Cependant, on a affaire ici à une variation convaincante avec un film qui fait entendre sa propre petite musique, humble, poignante et plutôt réussie.
La réalisatrice Jamie Dack prend son temps pour poser son décor. Et, au début, on pourrait croire à une chronique adolescente comme le cinéma indépendant américain nous en offre tant, un poil languissante. Loin des bluettes ou teen-movies formatés mais également sans rapport avec les films trash d’un Larry Clark sur la jeunesse américaine désabusée, « Palm Trees and Power Lines » est dans un entre-deux réaliste où l’on assiste à la routine de Lea, le personnage principal, durant un été. Entre sa mère absente et abonnée aux aventures sans lendemain, un père qu’elle ne connaît pas, sa meilleure copine peu fiable et des amourettes et aventures sexuelles peu palpitantes, le film dresse son portrait en nous donnant des clés de compréhension discrètes mais primordiales pour la suite et pourquoi elle va s’éprendre d’un homme mur. Cette partie où Lea s’ennuie dans ce bled anonyme du fin fond du sud des USA est donc plutôt réussie. Il y a quelque chose qui se passe et la mise en scène de Dack est très agréable à l’œil. Elle filme comme il faut sans vouloir faire une démonstration esthétique mais sans non plus mettre en scène son intrigue de manière anonyme pour un sujet qui ne tolère pourtant guère d’effusions visuelles ostentatoires.
La rencontre avec Tom et le glissement finement perceptible vers la manipulation et l’emprise est vraiment montré avec beaucoup d’acuité et de réalisme. Très bien écrit dans ses dialogues comme dans ses situations, « Palm Trees and Power Lines » démontre parfaitement comment peuvent se mettre en place de manière insidieuse les mécanismes psychologiques amenant à cette situation et gouverné par une masculinité toxique malsaine. Plus le film avance, plus cela devient gênant et on sent le trouble de la jeune fille et on panique pour elle. La dernière partie est glaçante aussi bien dans la mise en scène que dans le choc et la trahison que ressent Lea après une scène clé. Parfois crépusculaire dans son atmosphère mais aussi plus léger quand il s’arrête sur la vie adolescente, ce premier film a quelque chose. On sera plus réservé sur la dernière séquence qui risque de cliver et prend le chemin du sado-masochisme psychologique et pourrait faire grincer des dents.
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