La « Bête » cinématographique de cet été, voire de cette année, le long-métrage que les cinéphiles attendaient est sorti et il ne déçoit pas, bien au contraire! Le pavé de cinéma qu’on nous avait promis est aussi surprenant que galvanisant. « Oppenheimer » est assurément un film monstre, comme on en voit peu, utilisant tous les outils du cinéma pour en faire ressortir sa beauté la plus séminale. Et il confirme que Nolan est au panthéon des plus grands cinéastes en activité, surplombant quasiment toute la concurrence de haut et balayant d’un revers de bobine tous ses détracteurs (ou presque, car il y en aura toujours). Le revers de la médaille est qu’on sent qu’il le sait, ce qui pousse parfois la vision d’un de ses films vers une opacité fatigante et une certaine abstraction qui frôle la préciosité. C’est moins le cas ici mais « Tenet » l’a clairement prouvé il y a trois ans. Innovant et plastiquement parfait, il se heurtait à une intrigue incompréhensible et prétentieuse pour beaucoup. En choisissant un sujet aux antipodes, soit la biographie du père de la bombe atomique, on ne savait pas trop à quoi s’attendre. Et bien le cinéaste britannique nous colle à notre siège durant trois heures parfois éreintantes mais ô combien satisfaisantes et impressionnantes.
Nolan joue peut-être un peu trop avec l’intelligence et la patience de son public et ce sera probablement un facteur de dédain pour certains, ceux qui ne peuvent s’investir dans une œuvre aussi exigeante et demandant l'investissement total du spectateur. C’est certes peut-être un peu trop long, inutilement complexe et dense dans les termes employés, les sujets abordés et les enjeux déployés. Il y a peut-être aussi trop de dialogues incessants, un nombre bien trop important de personnages pour qu’on puisse tous bien les identifier (certains acteurs ne font que passer et n’ont pas grand-chose à jouer un peu comme chez Anderson). Et la durée de cet « Oppenheimer » n’aide clairement pas. Mais bon sang que c’est un sacré morceau de cinéma intelligent et passionnant. Comme si Nolan avait inventé ou déterrer le blockbuster indépendant, extrait de toute franchise et de toute mode, voire même travestit le cinéma d’auteur dans un immense barnum spectaculaire pour l’offrir en pâture à tous.
Il offre ici également son plus grand et plus beau rôle à son acteur fétiche. Un sublime cadeau qui devrait le voir concourir aux Oscars et autres récompenses. Cillian Murphy est génial et offre à ce rôle tout ce qu’on attendait de lui sans en faire trop. Le reste du casting est à l’image du film : impérial mais un peu surchargé, le moindre des seconds rôles étant distribué à une tête connue, du cinéma ou du petit écran, du passé ou du présent. Emily Blunt semble n’avoir que très peu à jouer mais en l’espace de deux scènes sur la fin, elle brille comme jamais. Robert Downey Jr. fait un retour fracassant dans un rôle complexe, Josh Hartnett nous rappelle brillamment à son bon souvenir et Gary Oldman impressionne en une seule séquence. Bref, on ne peut tous les citer mais ils sont bien dirigés et le contraire eut été une hérésie.
La première heure plus classique et versant dans la biographie installe ce qui va suivre. Le déroulé sur trois temporalités comme les affectionne le cinéaste est habilement géré et le crescendo final nous scotche à notre siège et pas comme on le croit. Nolan nous prend d’ailleurs à revers en faisant l’impasse sur le lâchage de la bombe et ses conséquences mais c’est un autre film et, au final, il a raison en dépit d’une légère frustration. On se surprend à voir qu’au-delà du film biographique, on est face à un thriller judicaire et politique implacable et magistral mêlé à la narration d’une période qui a changé l’Histoire à tout jamais, faisant planer le soi-disant péril communiste et les craintes d’avancées scientifiques dangereuses pour le monde. Cela manque parfois de vulgarisation mais c’est tellement rythmé que l’on n’a pas le temps de s’y plonger, préférant se laisser aller à ce fleuve bruyant de cinéma au souffle épique indéniable. Et la mise en scène de cet orfèvre et passionné de cinéma qu’est Nolan donne le tournis. Épuisant mais sacrément fou, accompagné par une musique dantesque « Oppenheimer » fera sans aucun doute son effet et marquera le septième art d’une pierre blanche. Car oui c’est un très grand film!
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