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On vous croit

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3.5Très bon
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Très bon
Rémy Fiers

Minimalisme chic.

On peut affirmer de manière évidente que cette première œuvre réalisée à quatre mains ne passera pas inaperçue. « On vous croit » est d’une puissance rare. Et si les débuts de ce film très court peuvent dérouter et laisser augurer du pire, on est vite rattrapé par la maestria implacable de ce qui va suivre. Et pourtant pas de scènes extrêmes ici, on est juste face à une histoire judiciaire comme il en existe malheureusement tant, une histoire de (sur)vie et de combat face à l’injustice d’une situation et face à la Justice elle-même. L’horreur ici vient de ce qui se tapit dans les foyers, derrière les murs. Par le biais de choix ultra minimalistes, les cinéastes en herbe vont focaliser à raison notre attention sur la seule chose qui compte : un cas et des interprètes littéralement extraordinaires qui vont l’illustrer. Et notamment, la révélation Myriem Akheddiou qui, lors d’une scène phénoménale, va nous scotcher à notre siège.

Forte de son métier dans les sphères sociales de l’enfance, Charlotte Devillers a pu insuffler un condensé de vérité dans son premier film, co-réalisé avec Arnaud Dufeys pour l’accompagner à la cinématographie. Elle s’est en outre entourée de véritables avocats pour donner la réplique aux acteurs jouant les membres de cette famille au centre du film. De ce côté, le pari du vérisme est réussi tant cette plongée au sein d’une audition au Tribunal de l’enfance transpire le réalisme par chaque grain de la pellicule. « On vous croit » est une immersion à la fois inédite (au cinéma) et tristement banale (dans la vraie vie) au milieu d’une affaire de garde d’enfants.

Dans le même genre, on n’avait pas ressenti une telle décharge d’émotion mêlée de tension et de malaise depuis l’immense et magistral « Jusqu’à la garde » de Xavier Legrand. Ici, le père est également la source des peurs mais pour d’autres raisons que l’on taira pour ne pas déflorer la surprise. « On vous croit » a choisi d’être concis et d’aller droit au but à raison avec une durée d’une heure et quart à peine. Si ce n’est le premier quart d’heure peu engageant et qui laisse augurer un film pénible, une fois dans la salle d’audition - qui est le noyau du film - on est complètement happé. Ou plutôt étouffé.

Les cinéastes ont fait un choix radical et payant : celui du minimalisme le plus définitif. Tout ici concourt à se focaliser sur le sujet (la garde d’enfants réclamée par une mère face au père) et la prestation des acteurs. Les choix formels confinent à l’ascétisme tant tout est ici épuré. Du blanc partout et aucun objet de décoration au sein de ce tribunal extrêmement moderne, une quasi unité de lieux, pratiquement pas de seconds rôles aux côtés de la famille hormis la juge et les avocats, un format carré emprisonnant les personnages, une musique absente si ce n’est un accompagnement sonore anxiogène, tout ici est limité à la plus simple expression. Et tout cela a du sens : le spectateur ne sera déconcentré par rien et tout acquis à écouter (et ressentir) ce moment charnière dans le futur de cette famille éclatée. Un mot qui prendra un sens horriblement tragique durant le film.

Au milieu de ce processus narratif et formel assumé et tout à fait maîtrisé, il y a des acteurs extraordinaires, qu’ils soient professionnels (les enfants, Laurent Capelluto, ...) ou non (les avocats, la juge). Et puis il y a Myriem Akheddiou. Dans ce que l’on confirme comme être l’acmé de « On vous croit », cette actrice méconnue et abonnée aux seconds rôles, livre une performance comme on en voit très peu. De celles qui marque une année cinéma. Dans une séquence filmée en plan fixe et serré et coupé à peine deux fois, durant près d’un quart d’heure, elle nous déchire le cœur. Sa prestation est purement incroyable de vérité, de sensibilité, d’effroi... Bref, d’un réalisme qui porterait presque le film vers le documentaire. Même lorsque ce sont d’autres intervenants qui parlent, la caméra s’attarde souvent sur son visage et à chaque plan, elle nous sidère par la manière dont elle vit le rôle. Si on ne la retrouve pas aux Césars, c’est à n’y rien comprendre.

« On vous croit » se garde de donner des réponses toutes faites ou de nous emmener vers une façon de pensée en particulier. Il pose les faits sur la table de manière implacable. Il dénonce l’horreur de certaines choses sans en rajouter et son dispositif et la grammaire technique et cinématographique employée auraient pu aboutir à une œuvre austère. Elle l’est peut-être un peu mais elle est surtout déchirante. On nous montre aussi l’absurdité de l’administration et du sac de nœuds que peut être la Justice. Un petit film d’apparence mais une œuvre coup de poing et nécessaire qui ne laissera personne insensible jusqu’à son dénouement malin et salvateur.

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