Film hommage fétichiste.
L’imprévisible et toujours innovant Richard Linklater s’essaie ici au film sur un tournage de film, concept qui pourrait être un sous-genre en soi. Entre ceux qui racontent des tournages imaginaires comme le très drôle « Bowfinger, roi d’Hollywood » ou le culte « Ça tourne à Manhattan », ou les faux documentaires et found-footage comme « Le projet Blair Witch », les exemples sont légion Là-dedans se niche également ceux narrant les coulisses de vrais films comme l’a fait récemment le pénible « Mank » de David Fincher ou de manière satirique l’excellent « The Disaster Artist » qui revient sur le tournage de l’un des pires films du cinéma devenu objet de vénération avec le temps, « Room ». Avec « Nouvelle vague » on est dans cette catégorie, Linklater entreprend la tâche ô combien ambitieuse de montrer la genèse d’un monument du cinéma d’auteur français, le fameux « À bout de souffle » de Godard, qui révolutionna le septième art à l’époque et initia en partie la mode de la Nouvelle Vague donc. Plus qu’un film sur un tournage, il encapsule ici tout un mouvement artistique et ses instigateurs ainsi qu’une période révolue du cinéma.
Ambitieux exercice de style, « Nouvelle Vague » nous sublime par ses partis pris esthétiques aussi risqués qu’évidents. Le format carré, le magnifique noir et blanc et le grain de l’image avec saut de pellicule nous fait vraiment retourner à cette époque. L’effet Madeleine de Proust cinéphile est instantané et indéniable et, sur ce point, Linklater a vraiment réussi son pari. Il transporte le spectateur cinéphile à une époque rêvée qui a marqué au fer rouge non seulement le cinéma français mais aussi le cinéma international. Le long-métrage passe à une vitesse folle et nous fait revivre des moments certes recréés mais capitaux dans le tournage d’une œuvre tutélaire qui ne le savait pas encore. Il y a une belle énergie qui conduit ce film pétillant où les bons mots s’enchaînent comme chez Audiard, où on sourit beaucoup, où on se régale d’anecdotes amusantes et où les plus grandes gueules du cinéma français de l’époque apparaissent. Aussi bien hommage que film musée, selon l’humeur et comment on l’appréhende, on assiste à quelque chose de rare.
Néanmoins, le problème de « Nouvelle Vague » est aussi un peu sa qualité première : on est clairement et simplement dans l’exercice de style pur. Et tout ce déballage fétichiste pourra sembler parfois futile et sans véritable boussole narrative. L’accumulation de personnages secondaires, souvent inutiles, juste pour le plaisir du clin d’œil cinéphile finit par fatiguer comme si Linklater voulait faire défiler le plus de noms connus possible. Et ces coulisses de tournage sont sporadiquement ennuyantes selon l’intérêt de la vignette du moment. On apprécie les acteurs inconnus même si parfois on frôle l’imitation grossière. Enfin, il faut préciser que pour les gens n’ayant pas vu « À bout de souffle » et les non-cinéphiles, il est fort possible que ce long-métrage peu commun les laisse sur le bord de la route. C’est même quasi certain. La note d’intention est donc tenue mais le résultat n’ira pas chercher beaucoup plus qu’un public de niche.
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