Film maladroit pour sujet fort.
Ce petit film québécois tourné sans le sou et, visiblement, sans subventions publiques choisit un sujet principal risqué et rare. Avec, devrait-on dire plusieurs autres sujets complexes et durs en parallèle. On ne pourra bien sûr pas reprocher ce challenge au réalisateur Léonardo Fuica. En effet, « Négligence » parle principalement d’enfants vivant dans des environnements toxiques et négligés par leurs parents à travers un cas en particulier. On n’est pas dans la maltraitance infantile ou le domaine encore plus délicat des enfants battus mais plutôt dans l’ignorance et l’inconséquence parentale envers leur progéniture. Un délaissement qui a des répercussions à vie sur l’enfant, futur adolescent et adulte. Mais le film parle aussi de masculinité toxique (et d’emprise par ricochet) et des conséquences des écrans sur le développement de l’enfant, notamment les jeux vidéo. Et ce n’est pas tout, il ose aussi traiter un problème typiquement québécois : celui de la bataille linguistique de la Belle Province, et de sa schizophrénie entre le français et l’anglais, en plus des velléités indépendantistes du Québec. Vous l’aurez compris, c’est beaucoup pour un petit film si court d’un réalisateur quasiment débutant et avec un budget si mince. Beaucoup trop même, et cela se ressent, notamment lors de pas mal de séquences maladroites qui peuplent le film ou dans certaines qui frôlent l’amateurisme. Et, surtout, si le long-métrage parvient tout de même à bien encapsuler et traiter son sujet principal, il frustre faute de réelle profondeur.
Tout n’est pourtant pas à jeter dans « Négligence ». La distribution de têtes peu connues assure comme il faut dans des rôles bigarrés et pas forcément faciles avec parfois même des traits psychologiques écrits à la truelle (la serveuse, dont on se demande d’ailleurs pourquoi le rôle est développé). Cependant, celui qui nous scotche le plus alors qu’il n’a aucun dialogue, juste ave la puissance et l’émotion qui se dégage de son regard, c’est le jeune Félix Legault. Pour sa première apparition à l’écran, le jeune garçon est incroyable. Mais le fait de couler ces sujets intenses et forts dans une sorte d’intrigue de thriller et de suspense judiciaire avec flashbacks ne sied pas vraiment à une thématique qui demandait plus de pincettes et davantage de psychologie et de finesse. Et c’est sans compter les nombreux effets de style tapageurs et tape-à-l’œil qui semblent tout droits sortis d’un clip d’un réalisateur qui veut en mettre plein la vue. C’est souvent de mauvais goût voire kitsch. Et malheureusement, les scènes fortes et réussies sont broyées par cette suite de mauvais choix qui font de « Négligence » un sous « Adolescence », cette série Neflix ayant marqué les esprits en début d’année. Dommage.
Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.