On l’attendait de pied ferme le dernier James Bond avec Daniel Craig. Ce blockbuster a été l’un des premiers impactés par la crise et les multiples reports de sortie qui ont suivi. Le voilà enfin et il est plutôt réussi à défaut d’être transcendant. Il clôt avec brio l’arc narratif suivi par les cinq films avec Craig (une première dans l’histoire cinématographique de l’agent 007). Cependant, la surprise de « Casino Royale » n’est pas là et la perfection du très certainement meilleur opus à ce jour, « Skyfall » non plus. C’est un épisode réussi, carré et maîtrisé, loin du fatras narratif de « Quantum of Solace » par exemple. Il est à mettre dans la même catégorie réussie que le dernier en date, « Spectre », mais il faut avouer qu’on sent qu’il est temps de passer à autre chose. Mais pour un au revoir, l’acteur peut se targuer de le faire avec classe et quelques surprises inattendues qui vont peut-être décontenancer les fans. « Mourir peut attendre » est le chant du cygne de quinze ans de James Bond plus réaliste, plus sombre et plus dramatique.
L’histoire racontée ici est classique mais prenante. On suit avec plaisir les péripéties internationales de l’agent britannique bien qu’il faille avouer que près de trois heures pour une histoire comme celle-ci n’était peut-être pas nécessaire. Un montage plus resserré aurait évité quelques ventres mous et un final qui s’étire plus que de raison et sans raison. Quant au casting, si les têtes connues et bien entendu le rôle-titre toujours aussi bien campé par Craig sont toujours à leur place, le reste du casting apparaît moins évident et judicieux. Léa Seydoux n’a toujours pas la maturité et le charisme nécessaire à ce type de rôle et elle est bien plus performante dans le cinéma d’auteur. Lashaya Lynch n’est pas mauvaise mais apparaît plus comme un choix opportuniste de la femme de couleur en vogue là où un équivalent masculin à Bond aurait davantage pimenté le scénario. Rami Malek est un méchant oubliable et effacé, très loin d’égaler le Javier Bardem de « Skyfall ». Enfin, Ana de Armas ne fait que passer et son rôle ne sert strictement à rien si ce n’est de mettre une pin-up de plus à l’affiche.
Mais « Mourir peut attendre » dispose de nombreuses qualités et n’a pas à rougir dans l’ordre de réussite des près de trente films de la saga. La réalisation de Cary Fukuyaga peut certes sembler un peu impersonnelle mais il met bien en avant les différents lieux visités et les scènes d’action, si elles ne sont pas inoubliables ou renversantes, assurent le spectacle avec classe et style. On est plus surpris de voir la manière dont les scénaristes et producteurs ont choisi et accepté de terminer le film. Une belle surprise pleine d’émotion qui divisera certainement le public. Tout comme d’autres choix étonnants dont on vous laisse la surprise. Un épisode qui met les sentiments et le passé à l’honneur comme peu d’autres opus l’avaient fait avant lui. Épique, mythique et généreux en grand spectacle, un blockbuster d’action en tous points conformes aux canons de la saga avec une grosse dose de tragique en plus.
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