Réconciliation ectoplasmique.
David Lowery est vraiment un réalisateur surprenant. Il a été découvert avec « Les Amants du Texas » et a offert son dernier (beau) rôle à Robert Redford avec « The old man and the gun ». Il a également mis en scène ce qui demeure probablement le plus beau remake Disney en prises de vues réelles (certes ce n’était pas difficile) avec « Peter et Eliott le dragon ». Avec des bouts de ficelles et un drap troué en guise de fantôme, il nous avait aussi bouleversé avec une œuvre ô combien poétique, envoûtante et qui touchait en plein cœur, c’était « A ghost story ». En revanche et plus récemment, son adaptation très singulière et clivante d’une légende de la Table Ronde avec « The Green Knight » nous avait profondément ennuyé et son récent « Peter et Wendy » avait connu une réception critique abominable. Il revient avec quelque chose de (encore) diamétralement opposé. À mi-chemin entre le méconnu « Vox Lux » avec Natalie Portman (un film méconnu, puissant mais âpre, du réalisateur de « The Brutalist) pour le côté pop-star et le complètement dingue et terrifiant remake de « Suspiria » par Luca Guadagnino pour le côté sorcières, voici « Mother Mary ».
Il faut dire qu’on hésite souvent entre le génie et l’entre-soi prétentieux et toc avec son nouvel opus. Ce qui en fait à la fois un objet bizarre et fascinant qu’un exercice de style prétentieux et frôlant le ridicule. En clair, voilà un long-métrage particulier qui pourra autant envoûter ou happer que rebuter. Le noyau du film se constitue d’une relation aussi toxique que puissante entre deux jeunes femmes, une star de la pop et son ancienne costumière. Petit à petit, on comprendra qu’on est ici face à une histoire de pardon et de réconciliation, le fantastique agissant comme une métaphore un peu balourde de leurs griefs. Encore une fois, Lowery filme un fantôme de très belle manière. Celui-ci symbolise la blessure et se révèle aux antipodes de celui de « Ghost Story ». Ici, il est carmin, virevoltant et abstrait. D’ailleurs, la symbolique mise en branle dans ce « Mother Mary » est quelque peu absconse ou lourdingue, c’est selon. Entre tout le déballage simili religieux entourant le look de la star et le poids psychologique de la rupture des deux protagonistes - dont on apprend petit à petit les tenants et les aboutissants - c’est parfois cryptique. Leur relation est cependant bien exposée dans un premier tiers très (trop) bavard au lieu unique. Elles vont y décortiquer leur relation à travers un rapport de force verbal manipulateur couronné par une scène de danse (de transe?) portée par une Anne Hathaway possédée dans tous les sens du terme.
Alors on ne peut nier que c’est parfois un peu risible ou excessif mais « Mother Mary » se rattrape fortement sur l’aspect visuel d’un film très féminin. D’ailleurs, fun fact qu’on devine fait exprès, on ne verra justement pas un seul mâle ici. Sur l’aspect formel, Lowery prouve donc encore une fois qu’il est un plasticien de l’image chevronné et très doué. Il nous gratifie de séquences absolument sublimes, un véritable plaisir pour la rétine. Que ce soit dans le cadre du huis-clos inaugural ou dans les expressions oniriques des deux personnages, c’est beau. Et plus justifié que l’aspect pub pour parfum du récent « Hauts de Hurlevent ». Mais c’est dans les séquences de concert (ou de rêveries de spectacle) que le film devient magnétique et impacte la rétine. Il y a des plans en forme de fulgurances visuelles qui sont juste somptueux. On ne peut que louer aussi l’investissement des deux actrices, qui donnent corps et âme à ce film baroque entre fantastique et psychologique. Quitte à laisser complètement de côté les seconds rôles (pauvre Hunter Schaffer et Kaia Gerber). Alors malgré les longueurs et un côté arty trop poussé voire risible, c’est loin d’être inintéressant pour peu qu’on entre dans la proposition.
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