Douce crise sensuelle en état de grâce.
C’est certainement notre premier gros coup de cœur provenant du cinéma québécois cette année. « Montréal, ma belle » est un petit miracle de douceur et un véritable enchantement. C’est le second long-métrage de la cinéaste sino-canadienne Xiaodan He qui avait pu se targuer avec son premier film (« Un printemps d’ailleurs ») à être la première cinéaste et immigrée chinoise à filmer une fiction avec des subventions canadiennes. Dans ce nouveau film et comme le titre l’indique, la plus grande mégalopole nord-américaine francophone a une place de choix dans l’intrigue. Elle est en effet réputée à la fois pour être une ville d’immigration cosmopolite et diversifiée mais aussi une zone d’ouverture d’esprit pour affirmer son orientation sexuelle, les deux thèmes majeurs du film. Et la cinéaste la lui rend bien en filmant ce somptueux portrait de femme dans une ville qu’elle magnifie dans la langueur et la moiteur de l’été. Montréal est mise en valeur avec ses plus beaux quartiers et dans toute sa diversité architecturale et culturelle tout comme son côté bigarré. Sans être une œuvre à proprement parler visuelle, la mise en scène étant assez discrète, la manière dont est filmée ce décor citadin est de toute beauté.
On est ici typiquement dans le genre de film porté par son rôle principal. Et si la québécoise Charlotte Aubin est très bien en love interest du cru, c’est l’actrice chinoise Joan Chen qui irradie « Montréal, ma belle » durant deux heures. Celle qui a tourné dans des immenses œuvres en Chine et dans le monde entier, comme « Le dernier empereur » de Bertollucci, livre une performance subtile et bouleversante qui porte le film à des sommets de tendresse et d’émotion. Que ce soit dans sa langue maternelle ou quand elle s’essaie au français, elle est magnifique. Suivre le cheminement vers l’affirmation de ce personnage si attachant est un bonheur de cinéma durant deux heures que l’on ne voit pas passer, comme aimanté aux ressentis de l’actrice et de son personnage. Tout est raffiné et empli de justesse dans l’écriture du rôle de Feng Sha : de sa frustration quant à ses préférences sexuelles en passant par l’amour qu’elle porte à ses enfants ou à son coup de cœur pour une jeune barmaid rencontré sur Internet. C’est beau, c’est vrai et on a le cœur souvent déchiré en même temps qu’elle.
« Montréal, ma belle » nous fait donc suivre les atermoiements amoureux d’une femme immigrée qui s’est écrasée sous le poids des coutumes et qui va découvrir le désir. Rarement celui-ci avait été aussi bien filmé entre deux femmes. Et puis on suit les conséquences que cela va impliquer sur son noyau familial avec en parallèle les difficultés rencontrées par des immigrants de longue date dans le domaine du travail. La sous-intrigue concernant la famille du personnage de Charlotte Aubin apparaît plus accessoire et la toute dernière séquence contredit inutilement tout le reste en terminant sur une fin en pointillés peu satisfaisante mais cela n’enlève rien à la réussite d’une petite pépite de film. Une oeuvre bouleversante en forme de parenthèse enchantée. Pour nous et un peu comme celle que vivent nos amoureuses lors d’une excursion en chalet lumineuse vers la fin du film. Une œuvre douce comme une caresse et parfois dure et réaliste comme une gifle qui pourra vous faire verser quelques larmes. Un véritable coup de cœur sans hésiter!
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