J’hésitais un peu à aller voir « Monsieur Aznavour », car je craignais d’être déçu par ce biopic d’un chanteur que j’aime encore beaucoup. C’est grâce à lui que j’ai découvert ceux qu’on appelait à l’époque les chansonniers. J’étais fan aussi de Gilbert Bécaud, que j’avais vu en concert à Trois-Rivières et qui méritait son appellation de Monsieur 50 000 volts. Les deux m’ont conduit aux trois grands : Jacques Brel, Georges Brassens et Léo Ferré. Depuis, j’ai un peu oublié Bécaud, sauf sa sublime Nathalie. Mais j’écoute encore l’auteur de « La bohème », dont les chansons ont bien vieilli.
Manifestement, Grand Corps Malade et Mehdi Idir sont admiratifs devant ce grand personnage, devenu le plus populaire des chanteurs français, malgré sa petite taille, son physique ingrat et sa voix voilée. Les deux réalisateurs et scénaristes ne cachent pas pour autant l’égocentrisme du personnage et son ambition presque démesurée. Ils retracent son ascension et sa longue carrière en un peu plus de deux heures, sans pour autant oublier la période québécoise en compagnie de Pierre Roche.
J’ai dit la semaine dernière à quel point j’avais trouvé le biopic « Maria » froid. « Monsieur Aznavour », c’est tout le contraire. Il y a plus d’émotion dans le seul générique de cette œuvre que dans tout le film de Pablo Larrain. Mais sans pathos. L’émotion vient naturellement des chansons magnifiques, bien sûr, mais aussi de la mise en scène, classique, un peu trop sage peut-être, mais bien maîtrisée.
Un mot enfin sur Tahar Rahim, dont on a vanté unanimement la performance. J’applaudis aussi, mais avec une petite réserve. Dans ce biopic, c’est sa voix qu’on entend sur la plupart des chansons. De toute évidence, l’acteur a bien travaillé et le résultat est solide. Mais Rahim n’est pas Aznavour, qui n’était pas qu’un bon compositeur. Il était aussi un grand interprète, dont la voix si particulière, à mon avis, est sous-estimée. Parfois, je dois le dire, c’est le petit Arménien de ma jeunesse que j’aurais aimé écouter.