Par où commencer? Déjà, on serait presque déçu de se dire que ce film ne se suffit pas à lui-même, comme il a été scindé en deux parties pour clore cette immense saga qui a révolutionné le cinéma d’espionnage. Et un an après le succès monstrueux du sympathique « Top Gun – Maverick », qui a fait retrouver aux spectateurs le chemin des salles, Tom Cruise réitère avec ce film d’action ultime. A la fois le blockbuster estival de cet été (de cette année probablement même), l’anti « Fast and Furious » et sa bêtise de plus en plus risible, l’œuvre d’action et d’espionnage ultime et tout simplement un grand moment de cinéma de divertissement, l’association de l’acteur et du réalisateur Christopher McQuarrie fait des merveilles et nous propose un blockbuster d’action en forme d’orgasme ininterrompu. Il fallait le faire et ils l’ont fait!
La saga a débuté fort et intelligemment avec le premier épisode de De Palma. Elle s’est écartée du réalisme avec un second épisode confectionné par John Woo, fou et beau à se damner mais qui a quelque peu mal vieilli. Puis elle a un peu déçu avec le troisième opus moins mémorable de J. J. Abrams. Elle a enfin amorcé sa mue avec le superbe quatrième épisode piloté par Brad Bird. Depuis, McQuarrie est à la barre et la saga ne cesse de surprendre et de se surpasser grâce à des films de plus en plus puissants à tous les niveaux. Ce « Mission : impossible, Death Reckoning » est un sacré morceau de cinéma. Il va falloir du temps pour s’en remettre et si la suite est du même acabit, Cruise enfoncera le clou définitivement et marquera l’Histoire du cinéma de grand divertissement. Et confirmera qu’il reste probablement la dernière grande star hollywoodienne encore en activité du Vieux Hollywood. Car il ne faut pas oublier que l’acteur, peut-être un peu mégalomane, est partout et compte pour beaucoup dans la réussite de ce pavé monumental en forme de claque cinématographique.
Oubliez Jason Bourne et même le James Bond de Daniel Craig, rares sont les films d’action à nous asséner de tels morceaux de bravoure à la chaîne coulés dans une histoire passionnante et intelligente. On n’avait pas ressenti cela depuis l’avènement de la saga « John Wick » (enfin surtout le premier, voire le second). Mais des films qui, eux, nous impressionnaient grâce aux scènes de combat à main nues et à certaines fusillades, voire les deux en même temps pas sur toute la ligne comme ici. Et d’ailleurs les suites partaient un peu dans l’improbable et le trop-plein fatigant pour une durée similaire. Il n’y a pas à dire, les « Mission : impossible » sont de sacrés moments d’évasion qui en mettent plein la vue grâce à du spectaculaire malin. Des œuvres qui vous prennent aux tripes, vous font voyager et vous captivent. Et ici, pendant près de trois heures donc. Sans une seule seconde d’ennui ni un seul moment de répit. Mais sans jamais vous lasser, puisque le long-métrage alterne séquences incroyables et moments de pause lus intimes faisant avancer l’intrigue avec savoir-faire par le biais d’un script bien écrit. On en redemanderait presque!
Le scénario est à ce titre d’une force de frappe incommensurable, prenant comme Némésis, plus qu’un homme, une entité hautement contemporaine : l’Intelligence Artificielle. Et pas à la sauce plus science-fictionnelle représentée par la saga « Terminator ». Au sein de quelque chose de plus probant. Quelque chose de tangible et de plausible. Ce qui se passe dans le long-métrage, on peut presque avancer que cela pend au nez de l’Humanité et les enjeux du script nous le font donc ressentir, infusant quelque chose d’effrayant au sein de ce divertissement grand public. Certes un peu complexe pour qui ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants des dangers de l’IA, cela demeure passionnant et oblige le spectateur à faire fonctionner ses neurones, contrairement à la plupart des blockbusters actuels. Cruise et ses collaborateurs ne nous prennent pas pour des idiots et c’est vraiment à noter.
En outre, « Mission : impossible – Death Reckoning, partie un » ne lésine pas sur des personnages féminins parfaitement dessinés qui évoluent dans un ballet de tromperies, de faux-semblants et de tragédie jouissif. Elles sont quatre, elles sont fortes, elles sont différentes et elles nous passionnent. Nouvelle venue (impeccable Hayley Hatwell ou un peu plus fonctionnelle et en retrait Pom Klementieff) ou revenante (magistrale Rebecca Ferguson et malicieuse Vanessa Kirby), elles voleraient presque la vedette à un Tom Cruise toujours sacrément en forme dans les cascades et faisant fonctionner à plein régime son charisme de star sans en faire des tonnes et se la jouer (coucou Vin Diesel). Quelques notes d’humour bien senties aèrent un peu la dramaturgie du film et l’émotion n’est pas en reste avec une mort tragique mais nécessaire.
La saga ose se réinventer en revisitant sa propre mythologie, convoquant les fantômes du passé (le retour d’un personnage du premier épisode, trente ans après) et les craintes du futur (la fin de notre monde annihilé par le progrès qu’il a lui-même engendré). Enfin, l’ADN de la saga est respecté : les séquences impressionnantes se succèdent à un rythme effréné et une tension qui ne faiblit jamais, innovant constamment. On ne sait laquelle aura notre préférence entre celle de filature à l’aéroport, la course poursuite complètement dingue à Rome qui couche celle du dernier « Fast and Furious » avec un beau doit d’honneur ou encore le final dans le train qui nous rappelle au bon souvenir du premier. McQuarrie filme tout cela comme un maître et même une scène de dialogue (celle dans la boîte de nuit à Venise) avec tous les protagonistes nous fout une pression dingue, chaque réplique claquant comme une balle. Il va falloir du temps pour digérer ce monument du film d’action. En attendant, ne loupez surtout pas ce qui s’annonce déjà comme un must incontournable du septième art grand public.
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