J’aurais aimé dire du bien de Mille secrets, mille dangers, mais je ne peux pas. Je savais que le roman touffu d’Alain Farah ne serait pas facile à porter au cinéma. Mais je faisais confiance à Philippe Falardeau, à qui l’on doit notamment Monsieur Lazar et My Salinger Year, deux excellentes adaptations.
Cette fois-ci, c’est raté. Je dirais même, complètement raté. On voit pourtant le nom de l’auteur du roman comme collaborateur au scénario. Que s’est-il passé entre les deux créateurs ? Je n’en sais rien. Mais le film ne ressemble pas à Farah. Falardeau a vampirisé ses personnages.
On s’en rend compte dès les toutes premières scènes, où on lance plus de jurons en deux ou trois minutes que dans le roman tout entier (et le livre compte 500 pages remplies de dialogues). On a l’impression de se retrouver dans n’importe quel film tourné chez les Los Tabarnacos et non dans une famille de Libanais d’Égypte immigrés au Québec. Dans l’ensemble d’ailleurs, les dialogues sont plutôt vulgaires et assez mauvais.
On passe donc d’un roman très fort, comme on en lit peu, d’une œuvre originale, intrigante, inattendue, presque philosophique, pleine d’humour et de surprises, à un long métrage banal, lourd, brouillon, confus et caricatural.
Si, comme moi, vous avez adoré le roman, méfiez-vous : en se métamorphosant en film, le livre est devenu Mille secrets, mille dangers, mille déceptions.