Post-partum arty.
Il faut s’accrocher, ne pas être fatigué et apprécier les propositions de cinéma audacieuses et qui ne cherchent pas à caresser leur public sans le sens du poil pour supporter la vision de ce « Die my love ». Il est même probablement à ranger dans la catégorie de ces œuvres qu’on aime ou qu’on déteste pour beaucoup de monde. Présenté à Cannes en compétition officielle, le dernier long-métrage de la très rare Lynne Ramsay (habituée de proposer un cinéma âpre et exigeant comme « We need to talk about Kevin » qui l’a révélée) a fortement divisé et fait sortir une partie de la salle. Plus que le choc, finalement davantage accessible, « Sirat ». C’est pour dire... Ramsay a le mérite d’aller au bout de sa proposition radicale sur le sujet ô combien casse-gueule et complexe de la dépression et de la folie post-partum.
Commençons par les bons points. Car si on n’a pas forcément adhéré à cette proposition particulièrement mal aimable de prime abord, elle n’est pas exempte de qualités indéniables. En premier lieu, le fait de planter le décor à une époque passée indéterminée (avant Internet et les téléphones portables en tout cas, quelque part dans les années 90 à vue de nez) et dans le paysage rural et presque désertique des grandes plaines canadiennes apporte du poids au sujet. Si la dépression post-partum est une maladie psychologique, elle est influencée par des facteurs extérieurs comme cet isolement social, technologique et spatiale qui renforce le sentiment de folie et d’abandon. Et Ramsay, qui semble s’y connaître en esthétique de l’image, nous gratifie d’une mise en scène en adéquation qui met en valeur ce contexte spatio-temporel. Elle le fait de manière vraiment racée et visuellement sublime en plus d’être ambitieuse. Les images sont crépusculaires et ces scènes se déroulant dans l’obscurité entre rêve et cauchemar sont de toute beauté. Même dans les séquences plus classiques, la réalisation est assurée, brillante et flamboyante, encerclant parfaitement la folie progressive du personnage principal et la singularité des lieux.
Ensuite, il y a la composition exceptionnelle de Jennifer Lawrence qui se donne corps et âme dans le rôle. Ce genre de pathologie est complexe à jouer, à incarner, et elle s’acquitte du challenge avec le talent et la persévérance qu’on lui connaît. Après avoir déjà joué un rôle aussi symbolique et matriciel (la Mère) dans l’horripilant, incompréhensible, détestable mais tout aussi particulier « Mother! », le délire de Darren Aronofsky, elle retente un projet vraiment extrême et le fait une nouvelle fois à fond. On ne peut dire qu’on soit pleinement convaincu par « Die my love » sur bien des aspects mais c’est tout de même plus pertinent et engageant que le film précité. À ses côtés, Robert Pattinson lui sert la soupe avec la solidarité et la confiance de tout acteur voyant sa partenaire livrer une composition incroyable. Idem pour Sissy Spaceck qu’il fait plaisir de retrouver dans ce contexte ressemblant au culte « La Balade sauvage » de Terence Malick dans lequel elle s’illustrait toute jeune.
Alors pourquoi on n’est pas totalement conquis? Tout simplement, parce que c’est répétitif et long sur pas mal de points mais surtout qu’il y a beaucoup trop de moments symboliques (et cryptiques) difficiles à déchiffrer. Idem pour les passages oniriques beaux à contempler mais souvent vide de sens véritable pour qui n’en est pas l’auteur. Ce genre de séquences est à double tranchant. Quand on ne se retrouve ni envoûté, ni hypnotisé par ce qu’elles dégagent le temps paraît long et lesdites séquences prétentieuses. Mais c’est surtout le dernier quart qui nous horripile et gâche un peu ce long-métrage courageux et ambitieux qu’est « Die my love ». Un compilé de tous défauts cités en amont, entre rêve et réalité, redondances et abstractions, symbolismes et folie. C’est fatigant et ça perd forcément une partie du public, dont on fait partie. Le film sera probablement taxé de film d’auteur arty et prétentieux, ce qu’il est un peu, mais voilà donc une proposition de cinéma radicale et clivante, qui nous a un peu perdu, mais loin d’être dénuée de sens et d’audace.
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