Chaque nouveau film de Christopher Nolan est un évènement pour la cinématographie mondiale. Il est attendu comme le Messie, à l’instar d’un Spielberg ou d’un Scorsese de la grande époque. Avec Denis Villeneuve c’est peut-être l’un des seuls réalisateurs contemporains à savoir faire d’énormes blockbusters dits intelligents. Pas que les autres films à budget pharaoniques soient bêtes mais ils découlent davantage de franchises, du genre super-héroïque et d’adaptations de licences connues. Cette fois cependant, le cinéaste n’a pas mis en images un scénario totalement original puisqu’il s’inspire des illustres écrits antiques d’Homère. En l’occurrence « L’Odyssée », récemment adapté avec Ralph Fiennes et Juliette Binoche en mode minimaliste et hermétique avec le très pénible « The Return » sorti l’an passé, a été le matériau de base du réalisateur qu’il a retranscrit plus ou moins fidèlement à sa sauce et avec ses obsessions.
Comme il aime vaquer d’un genre à l’autre, Nolan change donc à nouveau de genre et de registre en appréhendant cette fois le film d’aventures mythologiques. On ne parlera pas de péplum à proprement parler puisque la dimension fantastique induite par la mythologie grecque, ses dieux, ses créatures et ses monstres, est très présente. Il fait donc le choix, comme on s’en doutait, du film à très grand spectacle, ample et spectaculaire. Et voilà d’ailleurs deux termes qui collent parfaitement à la mise en scène impressionnante qu’il nous a confectionné. Il confirme – s’il était encore besoin de le faire – qu’il est un immense technicien d’images et nous gratifie d’un lot de séquences incroyables qui impactent durablement la rétine et transcendent l’écran. Et comme la direction artistique est également à son sommet, on ne peut qu’être conquis par ce niveau de maîtrise et de maestria presque parfait.
Au niveau des perles incontestables qui figurent au tableau de chasse de « L’Odyssée », notons la captivante prise de Troie, différente de celle du film de Wolfgang Petersen avec Brad Pitt, où le viscéral remplace l’esbrouffe. Proposée en deux parties, elle est impeccable. Il y a aussi la partie avec le Cyclope, braconnant sur les terres de l’horreur et dont le design est plus que surprenant mais tout à fait probant. Et que dire de ces magnifiques images de désolation proposées par le passage aux confins de l’enfer d’Hadès ou d’une séquence convolant admirablement avec le body horror sur l’île de la sorcière Circin. Bref, des morceaux de bravoure aussi visuels que narratifs, le film en regorge pour notre plus grand plaisir. Le choix d’avoir une narration éclatée et non linéaire est un peu perturbant au début mais finit par faire sens au fur et à mesure que le long-métrage progresse.
« L’Odyssée » est comme souvent (et de plus en plus) au sein des films de Nolan, garni d’un casting qui réunit tout le gratin hollywoodien, même dans des rôles secondaires. Matt Damon domine sans conteste cette prestigieuse distribution avec beaucoup d’aplomb aussi bien physiquement qu’émotionnellement. Rien à dire sur le reste sauf peut-être un Robert Pattinson un peu trop grimaçant au jeu forcé alors qu’il est généralement excellent et certains acteurs qui ne font vraiment que passer comme Zendaya, laissant un goût de trop peu. La polémique concernant les choix de casting inclusifs tendance woke s’entend puisqu’on met des personnes de couleur pour jouer des grecs mais on pourra rétorquer que c’est une adaptation de légendes et que ce n’est pas le plus important. Les paysages et décors sont en outre magnifiques et le tournage en décor naturel apporte beaucoup à la beauté des images.
Malgré tout, on préfèrera son magnum récent, « Oppenheimer », finalement bien plus mémorable et définitif à tous niveaux. En effet, « L’Odyssée » se situera dans les bons films de Nolan mais pas dans ceux dits exceptionnels comme « Inception » ou « Le Prestige ». La faute à un côté tout de même fort hollywoodien et un manque flagrant de souffle épique. L’émotion qui aurait dû être induite par la poésie et le côté mythologique ne traversent pas souvent l’écran. Il y a aussi certaines séquences un peu bâclées ou ratées comme celle avec les sirènes comme un brassage de ses thématiques habituelles (la mémoire, le temps, ...) un peu brouillon si ce n’est une morale pacifiste un peu facile. Et il faut souligner qu’il y a des longueurs, que les presque trois heures ne se justifiaient pas forcément. Lors de la dernière heure, le film commence un peu à ronronner et à s’étendre pour rien. Quant au combat final, il semble peu réaliste et finit le film sur une note pas vraiment positive. Néanmoins, c’est probablement le gros film de l’été le plus impressionnant et prestigieux à date.
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