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L'invitation

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3.5Très bon
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Très bon
Rémy Fiers

Belle réception.

Ce troisième film de l’excellente actrice et réalisatrice Olivia Wilde après les tout aussi excellents « Booksmart » et « Don’t worry darling » confirme tout le bien que l’on pense d’elle-même. Même si « L’Invitation » est peut-être à la fois son plus affirmé mais aussi son moins bon (précisons donc que ses deux premiers films étaient vraiment très bons, la barre était donc haute). Mais il faut aussi déclarer ici que c’est la troisième fois que l’on voit cette histoire adaptée sur le grand écran. La première c’était le film original espagnol « Sentimental » de Cesc Gay. La seconde fut tricolore, avec le sympathique « Et plus si affinités » porté par Bernard Campan et Isabelle Carré. Ces deux versions allaient plus vers du vaudeville ou même de la comédie de boulevard. C’était distrayant et ils exploitaient leur génial point de départ plutôt bien mais ça restait des films légers. Alors on avait un peu peur d’une troisième version, américaine de surcroit. Et c’est de revoir encore cette histoire qui amoindrit peut-être un peu également notre appréciation en comparaison des autres films d’Olivia Wilde. On pourra néanmoins rétorquer que certaines histoires (comme celle du « Dîner de cons » adapté maintes fois au cinéma et sur les planches ou, dans un tout autre genre, le « Hamlet » de Shakespeare) sont reprises des dizaines de fois sans lassitude. Et avec « L’Invitation », Wilde emmène ce postulat plus loin. Son film est plus osé, plus coquin et surtout plus psychologique. Il analyse bien mieux les ressorts amoureux et relationnels extraits dudit postulat. Sans oublier de faire rire. Avec un casting royal. Et tout en imposant une mise en scène aux efforts notables et appréciés pour s’extirper du huis-clos, de manière assez remarquable.

Dès les premières séquences, le film impose le ton : avec le personnage de Seth Rogen blasé qui galère et râle à pédaler avec son vélo dans les rues de San Francisco pour rentrer chez lui, le ton est donné. Son arrivée dans l’appartement - dont on ne sortira plus jusqu’à la fin du film - cristallise toutes les rancœurs et les désaccords d’un couple en bout de souffle. Le montage est frénétique, les dialogues piquants et l’excellente musique stridente derrière appuie ce côté crise de nerfs particulièrement jubilatoire et drôle. Ce quart d’heure avant l’affichage du titre et l’arrivée des convives est excellent. Puis, les pions se mettent en place et les dynamiques entre les quatre personnages vont se préciser. Le scénario ici est plus osé et surtout plus cru et porté sur le sexe sans être graveleux. Cela apporte une valeur ajoutée, un peu dévergondée et très plaisante, à « L’Invitation ». La cinéaste décortique aussi de façon bien plus poussée le couple et ses variantes ainsi que la sexualité à notre époque. On parle ici de frustration, de déni et d’exutoire par le sexe à plusieurs. L’analyse est fine et le discours pertinent. Il y a certes quelques situations et réactions des personnages que l’on pourra trouver un peu poussives mais ça colle bien au climat hystérique de la situation, encore une fois amplifié par la musique très présente et presque angoissante qui donne du caractère au long-métrage. On fera abstraction aussi de quelques longueurs (une heure et trente minutes auraient suffi comme les autres versions). En revanche, on louera la mise en scène au cordeau de Wilde. Elle n’abuse pas des plans alambiqués pour casser la dynamique théâtrale de l’ensemble mais parvient à vraiment donner du pep à son huis-clos. Et comment ne pas s’extasier d’un quatuor de comédiens royal et très bien dirigé qui s’en donne à cœur joie pour nous faire rire (oui, on rigole beaucoup) mais aussi réfléchir. Encore une réussite pour la réalisatrice et l’actrice.

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