Voilà un film au déroulement surprenant mais pas forcément toujours dans le bon sens du terme. « Lignes de fuite » est ce que l’on pourrait appeler une œuvre bicéphale. Et on entend par là qu’elle est scindée en deux parties qui se répondent certes, mais dont la qualité, la réussite et surtout la tonalité sont diamétralement opposées. Cela commence comme un film de filles classique, d’apparence plutôt trivial et qui fait penser, en moins bien, à une autre chronique féminine québécoise, le très sympathique « Fabuleuses ». On fait donc la connaissance de trois amies d’enfance au tempérament et au parcours particulièrement opposés qui vont se retrouver après pour le vernissage et de la petite amie de l’une d’elles. Le long-métrage se déroule donc dans une unité de temps courte, à peine quelques heures de soirée et un bout de nuit, qui va rebattre les cartes de leur amitié et confronter leurs personnalités.
Cette première partie est plutôt superficielle et un peu vaine. On assiste à quelques scènes cocasses, à une errance dans divers lieux de Montréal et on apprend à connaître la vie de chacune et leur passé commun. Et c’est malheureusement un peu comme si on était à une soirée où tout le monde se remémore ses souvenirs alors qu’on en fait pas partie. On reste extérieur et totalement passif à ce qui se passe. Mais il faut avouer que cette petite heure permet de cerner chacun des personnages avant la seconde partie qui, elle, est beaucoup plus réussie et captivante. « Lignes de fuite » se mue alors en un huis-clos qui tourne au jeu de massacre où la finesse et le réalisme des dialogues, des sujets évoqués et des situations finissent par nous conquérir. Dommage qu’il faille passer par cette sorte d’avant-programme sans réel intérêt. Il aurait au moins pu (ou dû) être plus court pour que ce film soit véritablement bon.
Une fois les six personnages enfermés, face à leurs propres névroses, convictions et valeurs, « Lignes de fuite » prend vraiment son envol. Et on se rend compte que durant toute la partie précédente, les graines de cette crise amicale ont été semées pour éclore ensuite. Pour le pire concernant les personnages et le meilleur pour les spectateurs. Le film prend une tournure bien plus grave, voire tragique et se laisse ainsi apprivoiser. On y parle du futur, du changement climatique, du fait de vouloir des enfants ou pas, des rêves déçus, des aspirations futures et de tout un tas d’autres sujets sociétaux passionnants et bien amenés. Dans cette dernière demi-heure, on ne voit pas le temps passer et l’investissement des acteurs se ressent. Même si ça vire vite à un règlement de comptes plus classique et attendu, c’est maîtrisé et juste. Alors, on peut dire que cette œuvre vaut tout de même plus qu’un coup d’œil pour sa profondeur tardive mais que par-là même, elle est presque frustrante.
Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.