Le court générique de début donne le la sur la beauté élégante de la réalisation de ce thriller horrifique avec ces vagues violentes qui laissent découvrir les crédits et le titre. S’ensuit la séquence d’ouverture qui vous colle aux accoudoirs. On y voit l’héroïne s’enfuir de chez elle et de l’emprise de son mari, ce qui permet de la même manière de goûter à la tension qui va s’emparer de nous et ne plus nous quitter de tout le long-métrage. Enfin, le jeu intense d’Elisabeth Moss va, dès le départ, placer la barre plus haute qu’à l’accoutumée pour ce genre de productions. Bref dès le départ, tout cela sent très bon et cette impression ne va pas se démentir. Et on est bien étonné de voir que c’est le prolifique Jason Blum, roi des productions à bas coût pour un maximum de profits, qui est à la barre. Mais il faut vite se rendre à l’évidence, « Invisible Man » sera la production annuelle de qualité du producteur à l’instar d’un « Get Out » ou d’un « American Nightmare » premier du nom, loin de toutes ces séries B voire Z aux sursauts faciles qu’il nous pond tous les trimestres. Là, on est dans le haut de gamme du frisson et dans une œuvre maîtrisée. Le mythe de ’homme invisible possède enfin un film contemporain digne de ce nom et il est aussi jouissif et stressant que ce que l’on pouvait attendre d’un tel sujet.
Pourtant ce n’était pas gagné. Reprendre ce sujet maintes fois usité et caricaturé (qui a échappé au concept du Monsterverse abandonné par Universal après le four de « La Momie ») pour en faire un thriller 100% premier degré, propice aux vrais frissons, était casse-gueule. Mais, non seulement le film est réussi sur bien des aspects mais en plus il transcende son postulat de base en le plaçant comme un étendard féministe contre la violence domestique faite aux femmes. En effet, en faisant de son homme invisible un pervers narcissique violent et mettant sous emprise l’héroïne, « L’homme invisible » se pare d’un discours pertinent et juste (sans être martelé à la sauce Femen) sur la violence faite aux femmes. Et il s’affranchit totalement du mythe suranné de base tout autant que de la version de Paul Verhoeven, davantage basée sur l’action et les effets spéciaux, qui était néanmoins tout à fait recommandable. Ici, le réalisme du film et sa réussite tiennent beaucoup à la performance sportive et hallucinée d’Elisabeth Moss (après une autre Elizabeth, Shue, dans le « Hollow Man » du cinéaste néerlandais). L’actrice est totalement investie, elle y croit, elle a peur et nous avec. Et ces deux éléments ajoutent un aspect psychologique et plus de fond, ce qui n’est pas commun dans les productions de ce genre.
Ensuite, il faut louer le fait que le film prend son temps, ce qui est rare dans ce type de productions, laissant monter la tension de manière insidieuse et oppressante. Le postulat est proche de la science-fiction mais le scénario a la malice de le rendre probant. Et donc de nous y faire croire et de nous faire peur. La mise en scène de Leigh Wannel, créateur de « Saw », est élégante et racée. Entre plans-séquence redoutables d’efficacité et optimisation de l’espace, le cinéaste a tout bon et nous fait ressentir la présence étrangère aidé par une bande son qui a de l’ampleur et l’absence totale de sursauts bas de gamme. La scène de la cuisine est un morceau de bravoure évident et la scène du restaurant nous surprend par son côté imprévisible et impitoyable. Quant au scénario, il nous réserve des surprises dont un final plutôt amoral et tout à fait jouissif. Alors on pardonne les quelques passages obligés sur le thème de l’invisibilité, une invraisemblance notable et quelques moments creux pour profiter de cette série B qui a tout d’une grande. Un excellent film de terreur sur un sujet maîtrisé sur le bout des doigts, presque transcendé.
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