Robert Eggers continue à ériger une filmographie impressionnante, cohérente et surtout d’une maestria formelle, esthétique et visuelle comme on en voit peu sur les écrans. Un don qu’il partage avec Ari Aster, un autre cinéaste aux dons plastiques incontestables. D’ailleurs, « The Northman » partage beaucoup avec le chef-d’œuvre de ce dernier, l’inoubliable et unique « Midsommar ». Une œuvre faisant partie du renouveau horrifique et fantastique du cinéma indépendant américain avec « It follows » de David Robert Mitchell, « Hérédité » le premier film d’Ari Aster ou « The Witch », signé par Eggers justement. Car « The Northman » a beau être une fresque médiévale sur les vikings, elle n'en est pas moins parcourue de visions fantastiques, d’un gore que ne renierait pas le cinéma d’horreur et de rituels païens et étranges se rapprochant beaucoup de « Midsommar » (et c’est logique puisque ceux-ci sont issus d’un passé viking). D’ailleurs, même si ces séquences sont réussies, de leur signification à leur emballage technique et visuel, on les trouve un peu trop nombreuses et excessivement versées dans le symbolisme. Eggers semble avoir voulu densifier sa trame plus que basique avec ces cérémonies de sorcellerie ou ces rites étranges pour masquer quelque peu un script de vengeance ultra classique. En effet, sur près de deux heures et demie qui passent assez vite, on a juste droit à un fils qui veut venger la mort de son père. Basique, peu original mais tout de même efficace. On a heureusement un petit rebondissement sympathique dans la dernière partie. Et cet aspect fantastique et mythologique, s’il n’est jamais ridicule, semble servir de cache-misère narratif. Mais, en revanche, qu’est-ce que c’est beau!
Car oui, encore plus que dans « The Witch » et l’exercice de style en noir et blanc assez fascinant qu’était « The Lighthouse », le cinéaste transcende son sujet, quelconque sur le fond mais plutôt rare par le contexte viking au cinéma, par une mise en scènes d’une beauté rare et incroyable. La photographie est belle à se damner. Que ce soit les scènes de rituels citées précédemment, bourrées d’idées visuelles qui ne versent jamais dans le ridicule alors que ce type de séquence est souvent propice au ratage, dans les scènes de combat, emplies de rage et de fureur, ou même lors de plans fixes, minutieusement travaillés, le rendu visuel est proprement stupéfiant. Les coulées de lave orange et les explosions de feu aux couleurs chaudes qui tranchent sur la nuit noire. Les effusions de sang rouge carmin qui explosent et contrastent avec la nature verdoyante ou le gris de la pluie. Les visions pleines de couleurs des anciens Dieux vikings. Hypnotique! C’est de toute beauté comme la manière dont Eggers fabrique ses plans et fait bouger sa caméra. « The Northman » est un bijou esthétique à n’en pas douter. Il faut aussi noter l’incarnation habitée et pleine de fureur d’Alexander Skarsgard. Il impressionne et pourrait récolter une nomination aux prochains Oscars. On apprécie également les scènes gores et rarement vues présentées ici, d’ailleurs âmes sensibles s’abstenir. On a donc une fresque viking dont la plastique est un enchantement de chaque instant, au scénario un peu classique qui abuse du côté sorcellerie mais qui impressionne dans ces combats pourtant peu nombreux et dans sa représentation de la barbarie de l’époque. Le genre de film intense qu’on ne voit pas tous les jours.
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