L’adage selon lequel c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes pourrait être traduit cinématographiquement parlant ici par c’est chez nos vieux et illustres auteurs que l’on trouve les plus gros succès potentiels. En tout cas, cette année chez Pathé, cela semble être le leitmotiv après avoir délivré un « Astérix et Obélix, l’Empire du Milieu » qui a tant fait parler (et pas en bien). Si ce dernier a subi les foudres du peuple et des élites critiques de manière un peu trop véhémente (attention, on ne dit pas que le film est bon mais qu’il ne méritait pas une telle volée de bois vert), « Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan » s’en est bien mieux sorti. Surtout que le film est scindé en deux parties, comme le fut le diptyque sur Jacques Mesrine il y a plus d’une décennie, ce qui signifie double rentrée d’argent à moindre coût pour ses producteurs mais pas forcément pour le bien du spectateur.
En effet, le souci de ce choix plus stratégique et financier qu’artistique est de frustrer le public qui va en général au cinéma pour voir une œuvre entière et terminée. Si, tout de même, de nombreux films finissent de manière abrupte ou, à l’inverse, connaissent des suites après avoir été des succès c’est plus légitime qu’un film coupé en deux parties volontairement dès le départ. A la limite, pour une œuvre monstre comme « Dune », cela se comprend. Pour une histoire vue et revue comme celle du plus célèbre roman d’Alexandre Dumas, un peu moins. En outre, cette version de Martin Bourboulon, qui commence à se délecter des grosses machines valant plusieurs dizaines de millions d’euros après le raté « Eiffel », souffre de quelques scories narratives déplaisantes. Il y a notamment des invraisemblances notables et énormes comme celle qui voit notre héros survivre après avoir été enterré vivant ou encore Milady qui séduit le duc de Buckingham en un regard et lui vole un collier si facilement, en plus d’une intrigue parfois un peu brouillonne. On note aussi un petit manque de scènes d’action dans cette première partie, tout comme certains seconds rôles mis de côté. On pense surtout à Aramis et Porthos relégués au rang de faire-valoir; Romain Duris et Pio Marmaï méritaient mieux...
Cependant, difficile de juger pleinement et objectivement un travail en cours et inachevé. Alors si certains points sont immuables, d’autres peuvent évoluer et certains personnages vont peut-être se voir approfondis. En revanche, il faut avouer que la forme est de toute beauté. La mise en scène de Bourboulon est ample et imposante. Il y a dans « Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan » un souffle romanesque et épique indéniable agrémenté d’une musique toute aussi puissante. La photographie composée de couleurs brunes rend la reconstitution de l’époque encore plus pertinente et flatteuse à l’oeil. La composition des plans met en valeur les somptueux décors alloués pour l’occasion et les costumes et accessoires nous plongent dans le temps avec brio sans utiliser des effets spéciaux moches et voyants. Si certains aspects du fond et le fait d’être scindé en deux nuisent donc parfois à cette relecture d’un ouvrage culte doté de gros moyens, le versant formel, opulent et de très bon goût, est irréprochable. Mais attendons la suite pour juger plus objectivement de tout cela et peut-être réévaluer en bien ou en mal cette première partie.
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