Drôles de dames.
On pourrait croire que ce film est tiré d’une histoire vraie avec son contexte seventies plutôt réaliste mais aussi à cause de son récit qui semble tellement improbable qu’il ne peut avoir été inventé. Cela aurait permis de passer outre certaines grosses ficelles et quelques invraisemblances et prouver que parfois certaines histoires sont réellement incroyables. Mais non, « Les Baronnes » est tiré d’un comics, ce qui peut également pousser à l’indulgence sur certaines avancées du scénario tirées par les cheveux et notamment la facilité déconcertante avec laquelle ces femmes prennent le pouvoir dans les rues de New York. Car effectivement certains passages et le script en général n’apparaissent pas toujours très plausibles. Mais malgré tout, ce polar au féminin se suit sans déplaisir et même plutôt bien. On pense à une version old school de « Les Veuves » qui voyaient des femmes de gangsters reprendre les braquages de leur mari, mais ici c’est bien plus light et moins tragique. On pourrait aussi se demander ce qu’un tel scénario aurait donné entre les mains d’un cinéaste plus aguerri de la trempe d’un Martin Scorsese ou d’un James Gray. La mise en scène aurait certainement été bien plus racée et élégante et probablement que la direction d’acteurs, le montage et le script auraient été plus rigoureux. Andrea Berloff signe son premier film et on sent souvent les défauts inhérents à une première œuvre, des petites maladresses.
Malgré tout cela, « Les Baronnes » est un petit polar plutôt sympathique et qui fait passer un bon moment. Le film est très rythmé ne laissant aucune place à l’ennui et les actrices forment un beau trio qu’il fait plaisir de voir prendre le pouvoir. Melissa McCarthy montre encore une fois après « Les Faussaires de Manhattan » qu’elle est aussi douée dans un registre plus sérieux, Tiffany Hadish surprend en femme vengeresse et vénéneuse et Elisabeth Moss est encore une fois impeccable, même si elle rejoue le numéro de femme battue de « Invisible Man » avec moins de panache. La reconstitution des années 70 à Manhattan est réussie et parvient à ne pas être trop sobre sans non plus verser dans le clinquant et la bande originale est délicieuse à souhait. Les péripéties s’enchaînent et il y a même un rebondissement que l’on ne voit absolument pas venir faisant de ce thriller parfaitement inscrit dans la mouvance #metoo un moment de cinéma tout à fait respectable. Un tel sujet aurait pu certes donner un long-métrage plus ambitieux et imposant, peut-être plus drôle ou peut-être plus tragique aussi mais l’entre-deux passe bien. Il y a un mélange des tonalités entre scènes de violence sèche, moments plus dramatiques et quelques saillies humoristiques, formant un cocktail étonnement digeste et plaisant. Pas un incontournable mais un sympathique divertissement.
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