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Left-Handed Girl

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3.5Très bon
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Très bon
Rémy Fiers

Gourmandise taïwanaise.

Pour une première œuvre on peut dire que l’une des plus fidèles collaboratrices de Sean Baker frappe juste. En effet, on peut affirmer sans détour que « Left-handed girl » est une totale réussite et un film mignon comme tout, comme on devrait plus en voir en ces temps moroses. Une œuvre qui fait du bien, qui nous fait passer du sourire (beaucoup) à l’émotion (un peu) en un instant. On ressort de la salle conquis et touché par ce « feel-good movie » qui ne ressemble à aucun autre. Shih-Ching Tsou a tourné dans son pays natal de Taiwan une chronique tout publics, qui touchera donc autant les plus jeunes (à partir de dix ans environ) que les parents, puisqu’on y suit une maman et ses deux filles, une adolescente devenue adulte et une enfant.

Le récipiendaire de la dernière Palme d’or au Festival de Cannes avec « Anora » (sans compter sa razzia aux Oscars), Sean Baker a même décidé de produire le film de son amie scénariste et costumière. Et quand on y regarde de plus près, « Left-handed girl » porte un peu sa marque sur certains aspects, chose que l’on n’aurait cependant pas décelée si on n’avait pas vu son nom au générique. C’est surtout dans la manière énergique de filmer façon caméra à l’épaule, au plus près des visages et des actions que l’on se rappelle au bon souvenir de son cinéma. En effet, le film nous immerge dans un Taipei interlope où, tantôt à hauteur d’enfant quand la gamine coure entre les différents étals du marché, tantôt à hauteur d’adulte lorsqu’on suit la mère et l’ainée, on est au plus près de leurs déambulations. L’immersion dans ce marché coloré est totale et rappelle d’ailleurs les néons de Las Vegas dans « Anora » ou ceux de Los Angeles dans « Tangerine ». C’est également dans la manière de représenter des séquences de disputes, très énergiques et amusantes, que l’on se souvient du cinéma de Baker. Le final au restaurant à l’anniversaire de la grand-mère est en ce sens presque aussi mémorable que la dispute amenée à devenir mythique d’Anora dans la villa du jeune russe.

Malgré ce patronage et ces clins d’œil intéressants, Tsou trace sa propre voie. Durant cette chronique emplie de tendresse mais sans véritable fil narratif à proprement parler, on assiste aux petites aventures et aux galères de cette famille monoparentale. Entre la petite persuadée que, étant gauchère, sa main est celle du Diable et qui va accumuler les petits larcins et grosses bêtises, la grande sœur qui fait un travail pas très net et tombe enceinte de son patron et la mère qui galère à joindre les deux bouts avec son stand et s’entend mal avec ses parents et ses autres sœurs, on a un portrait familial aussi simple de la vie de gens normaux à Taïwan qu’une cartographie de Taipei. Ces micro-aventures écrites avec une finesse folle nous touchent, nous captivent et s’avèrent la plupart du temps très drôles. En plus, « Left-handed girl » est très rythmé et ne nous laisse aucune minute de répit en plus d’un rebondissement final inattendu. Cerise sur le gâteau, la jeune actrice est craquante à souhait, cela faisait longtemps qu’on n'avait pas vu une petite si attendrissante au cinéma. De la mignonnerie en barre et une jolie surprise dans tous les cas.

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