Cette production hollywoodienne de science-fiction est à la fois un exemple pour le monde du cinéma hollywoodien en démontrant ce que l’on peut encore faire avec un budget raisonnable (environ 75 millions de dollars contre, le double en général pour ce genre de films) et une anomalie dans le paysage des blockbusters pour la même raison. On espère d’ailleurs de tout cœur que cette proposition renversante soit également un succès commercial en plus de son plébiscite critique plus que mérité. Il serait important que ce long-métrage impressionnant à tous niveaux fasse date et inspire aussi bien les réalisateurs que les producteurs hollywoodiens lancé dans une course folle aux budgets toujours plus pharaoniques pour des résultats pas forcément (et rarement) pertinents. À l’heure où remakes, suites ou encore spin-off de franchises saturent le marché et où les films dits du milieu sont en passe de disparaître, « The Creator » est une exception qui confirme la règle certes. Mais une exception qui devrait pourtant être mise en avant et prise comme maître-étalon.
Alors bien sûr, le long-métrage n’est pas exempt de quelques scories mais la générosité et l’inventivité de ce spectacle intelligent et ambitieux sont tellement remarquables que l’on passe outre. On pense à ces quelques problèmes de montage dans la première partie, des séquences s’enchainant en effet et parfois de manière brouillonne. On peut trouver aussi certains flashbacks un peu mielleux et clichés (les scènes à l’eau de rose sur la plage) et il y a quelques emprunts un peu trop voyants à certains monuments de la science-fiction (« Star Wars », « Total Recall », ...). Cependant, après plus d’un siècle de cinéma et des décennies de science-fiction, il est difficile d’être à cent pour cent original. Alors on pardonne tant le spectacle proposé ici est généreux et spectaculaire. On a rarement vu un budget aussi raisonnable pour notre époque aussi bien optimisé à chaque coin de l’image, « The Creator » donnant l’impression d’avoir coûté le double et mettant KO pas mal de productions du même acabit. De plus, la thématique de l’intelligence artificielle est on ne peut plus au goût du jour, donnant un aspect très contemporain au film, en phase avec son époque. La morale finale concernant les IA est peut-être trop aseptisée et enjolivée, nonobstant ses dangers, mais c’est un choix narratif assumé et utopiste qui se défend.
Là où le long-métrage de Gareth Edwards mettra tout le monde d’accord c’est dans son aspect visuel. Loin de toutes les œuvres d’anticipation se déroulant en ville et très versées vers la technologique, « The Creator » dépeint un futur inédit où le monde est coupé en deux entre l’Occident qui fait la guerre aux IA et ce qu’on nomme ici la Nouvelle Asie qui les défend. La majeure partie du film se déroule dans les contrées verdoyantes d’Asie du Sud Est donnant à voir des images somptueuses entre nature et ferraille. Les effets spéciaux sont impeccables et nous immergent dans un monde futuriste prégnant, mêlant notre monde actuel à celui d’une technologie galopante. Certaines scènes d’action sont dantesques, notamment l’attaque des américains sur un camp d’androïdes entre rivières et rizières. Une séquence magistrale. On est happé aussi bien par le suspense, sans aucun temps mort, que par les images et l’inventivité des machines ou de certaines scènes (le singe qui déclenche la bombe, le design des simulants, ...). Edwards, qui a réalisé le meilleur « Star Wars » nouvelle époque (« Rogue One »), le meilleur « Godzilla » et l’intéressant « Monsters », confirme avec brio sa maestria. On tient là un grand film de science-fiction au final déchirant qui pourrait devenir un futur classique. Bravo!
Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.