Cadeau du passé.
Un thriller domestique proprement étonnant et surprenant. Non pas grâce à des rebondissements et retournements de situation totalement imprévisibles et/ou tirés par les cheveux comme souvent dans le genre, de manière plus ou moins bien exécutés d’ailleurs. Non. Mais par la manière dont il distille le suspense de manière incroyablement réaliste (et ce n’est pas si souvent que l’on peut voir un film de ce genre sans aucune invraisemblance) et surtout parce qu’il privilégie la psychologie aux effusions de sang ou aux sursauts préfabriqués. On pense se diriger vers un film de harcèlement ou de home invasion alors que le script est bien plus retors et intelligent que cela. Il convoque des thématiques fortes (harcèlement au lycée, mensonges, faux-semblants, poids du passé, …) pour les fondre dans un thriller adulte et puissant. « The Gift » est une bonne surprise qui nous tient en haleine.
C’est la première réalisation de Joel Edgerton découvert dans la petite bombe australienne, « Animal Kingdom » et acteur reconnu à Hollywood depuis. Et il s’est offert le rôle le plus ingrat, celui de l’harceleur, avec lequel il fait des merveilles tandis que Jason Bateman et Rebecca Hall forment un couple probant et au jeu appliqué. Lui dans un prolongement de celui qu’il a tenu ensuite dans « Ozark » (les magouilles en moins) et elle en femme en proie au doute de manière fine et bienvenue. Bateman n’est pas le plus grand des acteurs et son jeu semble parfois limité mais les rôles qu’il choisit lui vont bien. Tous les trois permettent à « The Gift » de tenir la barre haute puisque la tension repose beaucoup sur leur jeu. Et celle-ci monte crescendo, très doucement même. On peut dire que durant une heure il ne se passe pas grand-chose mais cela permet de bien creuser les personnages et leurs failles et d’installer une atmosphère terriblement inquiétante.
La surprise qui nous attend en tant que spectateur déjoue tous nos pronostics en n’étant pas à proprement parler hallucinante, juste rare et inattendue. Une inversion des rôles qui s’avère payante car tout à fait crédible. En évitant tout manichéisme mais en appuyant là où cela fait mal, le film joue avec notre morale et on en sait plus avec lequel des personnages partager de l’empathie. Refusant tout spectaculaire et sensationnel, ce thriller se positionne comme un suspense empreint de maturité et de fond. Le dernier quart d’heure nous tient particulièrement en haleine et la fatalité avec laquelle il se conclue, mêlée d’une pointe de nihilisme, nous laisse pantois. « The Gift » est le genre de suspense malin qui ne prend pas ses spectateurs pour des imbéciles et s’avère bien plus creusé et approfondi que la palanquée de suspense bas de gamme qu’on peut voir régulièrement. Pas un classique certes, mais un thriller tout à fait satisfaisant, honnête et dont l’apparente simplicité cache des questionnements moraux appréciables.
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