Certes, on ne retrouvera peut-être pas dans Le bonheur de Pierre des scènes qui passeront à l'histoire ou seront étudiées dans les classes de cinéma. Soit. Tout le monde ne veut pas être Antonioni, et je crois que certains de nos criticailleux québécois devraient en prendre acte. Criticailleux qui, à gros boulets rouges, tirent avec une rage excessive sur un film pourtant inoffensif. Il y a là quelque chose de très, très suspect. Il est vrai que l'oeuvre, forcément imparfaite, reprend certains poncifs du « choc des cultures », qui est souvent, on l'a dit, l'apanage de la comédie. Or, nous touchons précisément ici au coeur battant du genre : tabler sur le cliché, faire rire en étayant les stéréotypes. Et je ne vois aucun mal à ça. Au contraire. Il est sain pour un art populaire de chercher l'efficacité dans la simplicité, la poésie dans l'effet, le sens immédiat et la référence commune. Et c'est ce qu'accomplit Le bonheur de Pierre. Rien de plus, rien de moins. Ce film n'est pas navrant, loin s'en faut. Seulement, il n'a aucune, mais aucune prétention, et, si vous voulez mon avis, c'est ce qui semble avoir choqué nos borgnes critiques : le fait que cette histoire de cousins fonctionne, sans plus. Je salue avec chaleur tous ses artisans.