Le Bonheur c'est une chanson triste
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Chocs humains
Dur à croire qu'un film sur le bonheur puisse être aussi
triste, voire déprimant, mais on doit avouer que le film de François
Delisle crée tout un choc émotionnel et, disons-le, plutôt existentiel.
On
est bien loin du Happiness de Todd Solondz où on nous faisait rire
jaune sur cette mène quête qui semble s'être immiscée sans qu'on s'en
aperçoive dans la mentalité quotidienne de l'être humain, au point d'en
faire une vraie obsession, une vraie folie. Superficiel ou but réel? On
ne peut pas dire qu'avec son film François Delisle soit d'une grande
aide, mais ses différents points de vue sur le sujet ne pourrait être
mieux choisi pour clairement établir son sujet.
Sous forme de
faux documentaire inutile qui a des faux airs de quête personnelle, de
questionnement identitaire, se tisse un drame contemporain aux allures
de films abstraits. Malheureusement, en restant trop près de certaines
conventions cinématographiques, Delisle ne parvient pas à créer un film
aussi convainquant et réussi qu'un certain La moitié gauche du frigo
parce qu'il ne se lance pas pleinement dans l'expérience qu'il a envie
de balancer sans gêne et sans honte au visage de ses spectateurs.
Ainsi,
ce n'est pas seulement aux témoignages qu'on a droit puisqu'une caméra
extérieure à celle de la protagoniste vient tout de même contrecarrer
le tout pour venir enrober l'expérience d'une réelle intrigue qui se
tisse dans tout cela. On retrouve donc de réelles motivations, une
linéarité brisée et un certains penchant pour un explicatif qu'on ne
recherchait pas nécessairement. De plus, plusieurs sous-intrigues de la
protagoniste, même s'ils viennent tout de même soutenir le propos au
lieu de l'éloigner, vient contre-balancer le poids des moments forts,
puisqu'il y en a de nombreux.
En ce sens, d'avoir fait appel à un
grand nombre de comédiens aux visages plus ou moins connus, détruit un
peu l'illusion vox-pop réaliste que le film se donne. Toutefois, on ne
peut nier le talent de la plupart de ceux-ci qui lancent les répliques
avec un naturel désarmant qui a de quoi provoquer de vives réactions,
tout comme de longues réflexions. On doit noter par exemple le passage
de Marie Brassard qui offre probablement un des nombreux moments forts
du long-métrage.
Malgré tout, si l'originalité est exemplaire et
que l'écriture est d'une finesse totalement féroce et juste, quoiqu'on
oublie rarement qu'on a affaire à une oeuvre de fiction et que la
plupart des situations malgré leur réalisme semblent toujours arrangées
et planifié pour satisfaire les observations et les réflexions
recherchées, d'autres choix laissent plutôt à désirer. Difficile
d'accepter cette finale chantée qui se la joue comédie musicale en se
donnant un happy end de seconde classe. Bizarre, il faut se l'accorder
et, traînant en longueur l'absurdité, fait perdre beaucoup de
crédibilité à un film qui n'en manquait toutefois pas.
Ce sont
donc ces quelques éléments qui empêchent ce film aux premiers abords
exceptionnel de réellement rejoindre les plus haut rangs. Toutefois,
cette semi-expérience est d'une grande efficacité et d'une justesse
souvent irréprochable. Un grand coup. qui mérite pleinement d'être
expérimentée pour vivre le choc de la vérité et du même coup, de sa
dureté.