Oui, mais il manque un petit quelque chose
Un bon Dupieux, pas son moins bon ni son meilleur. Bien rythmé, très bien interprété, mais le message porté par le film est quelque peu dispersé.
Un bon Dupieux, pas son moins bon ni son meilleur. Bien rythmé, très bien interprété, mais le message porté par le film est quelque peu dispersé.
À chaque année son Dupieux! Et le cru 2025 est plutôt une bonne cuvée même s’il aurait pu être encore mieux si le cinéaste le plus décalé et prolifique du cinéma français s’était appliqué de manière plus rigoureuse. Réalisateur inégal au possible si l’on met de côté ses premiers films, tous quasiment expérimentaux et trop bizarres pour intéresser le plus grand nombre, il était sur une bonne pente depuis quelques années. Le génial « Yannick » (peut-être son film le plus accessible et réussi) ou encore le délicieux et méta « Deuxième acte » le prouvent. Seul « Daaaaali! » s’avérait moins convaincant. Toujours dans cette veine moins loufoque et plus simple à appréhender, « L’accident de piano » est sympathique mais cumule quelques défauts l’empêchant d’être au sommet du panier de sa filmographie.
Le cinéaste continue à attirer les plus grands acteurs français par sa singularité qui provoque probablement chez eux la possibilité de jouer autre chose et de sortir de leur zone de confort. Il commence cependant à avoir fait le tour de ceux avec qui il désirait tourner. La preuve, il reprend certains comédiens comme Adèle Exarchopoulos et se décide maintenant à recruter à l’international pour son prochain film qui verra Kristen Stewart et Woody Harrelson au casting. Ici, Sandrine Kiberlain, Karim Leklou et Jérôme Commandeur sont les nouveaux venus et ils s’éclatent à jouer les scènes délirantes imaginées par Mr. Oizo, de son pseudo de deejayas. Des scènes assorties de dialogues savoureux et complètement perchés. Néanmoins, c’est Exarchopoulos qui, comme dans « Mandibules », attire tous les regards avec cette prestation délirante et jubilatoire aussi physique que verbale. Décidément, la jeune actrice sait tout jouer et n’a plus peur de rien.
« L’accident de piano » commence fort et si on ne sait pas vraiment à quelle sauce on se fait manger, on jubile des échanges lunaires entre cette influenceuse richissime et son assistant (joué par Commandeur). On navigue entre le débile assumé, la misanthropie et une acuité bienvenue. C’est bête et méchant comme on dit mais c’est drôle. Puis on comprend où ça veut en venir et l’idée est encore une fois géniale. Surtout que, cette fois, Dupieux parvient à aller plus loin qu’un simple film concept qui s’épuise et n’a rien à dire au-delà de son étrangeté initiale. Le film n’existe donc pas que pour son originalité de postulat et c’est tant mieux puisqu’il envoie aussi un discours salé sur la bêtise de nos sociétés abêties aux réseaux sociaux, à l’argent roi et aux vidéos débiles de Youtubeurs. On enfonce peut-être des portes ouvertes mais cette critique au vitriol est bien vue.
Cependant, comme toujours avec le cinéaste on peut dire que les blagues les plus courtes sont souvent (voire toujours) les meilleures. Habitué des films très courts qui durent moins de soixante-quinze minutes, il fait une petite entorse à cette règle avec un film (un peu) plus long d’une quinzaine de minutes. Et bien ce sont les quinze minutes de trop pour « L’accident de piano » qui souffre de petites baisses de rythme notamment dans sa seconde partie. Et puis on pourra trouver la fin bâclée et moins réussie, tout comme la mise en scène relativement paresseuse. Il n’empêche, certaines séquences complètement dingues et des échanges qui le sont tout autant permettent de passer un bon moment.
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