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La voix de Hind Rajab

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Rémy Fiers

Dispositif hybride pour oeuvre mitigée.

Certains cris au (très) grand film, presque immanquable mais il est certain que c’est le versant politique qui parle avant tout. Un peu comme la Palme d’or 2025, « Un simple accident » aux qualités plus engagées que réellement cinématographiques. On est donc très partagé devant cet objet hybride aux motivations contestataires et humanistes très fortes, ce qu’on ne pourra lui reprocher. « La voix de Hind Rajab » se sert d’une histoire vraie dramatique et véridique pour condamner et pointer du doigt le génocide en cours à Gaza. En janvier 2024, le service humanitaire du Croissant Rouge, un organisme qui vient en aide depuis la Cisjordanie aux Gazaouis bombardés, reçoit l’appel d’une petite fille coincée dans une voiture au milieu des cadavres de ses proches. Plusieurs personnes de ce centre d’aide vont rester au téléphone avec elle et vont tout faire pour la sauver. La cinéaste Kaouther Ben Ania, déjà à l’origine du docu-fiction très remarqué « Les filles d’Olfa », continue donc dans une veine similaire entre fiction et documentaire en utilisant les vrais enregistrements de l’époque pour les voix mais en recréant de toutes pièces ce qui s’est déroulé ce jour-là dans le centre d’appel à l’image.

Du côté des qualités incontestables de de film, on peut louer la tension et le sentiment d’urgence qui traverse l’écran. Les acteurs très investis nous font ressentir sans discontinuer l’incroyable stress et la détresse que leurs personnages ont vécu ce jour-là. Le tout est rythmé et permet qu’on n’ait pas vraiment le temps de décrocher malgré un dispositif forcément statique et peu cinématographique. La forme de « La voix de Hind Rajab » ressemble à certains thrillers comme le film scandinave « Guilty » ou « The Call » avec Halle Berry qui parviennent à tenir en haleine par le biais d’un suspense circonscrit au téléphone. Sauf qu’ici, on est dans le vraie vie (ou plutôt « était ») ce qui change la donne et apporte un supplément d’authenticité à ce projet. Ensuite, plus que les informations vues à la chaîne depuis plus de deux ans, ce film entre le documentaire et la fiction permet une immersion différente et complémentaire dans la tragédie qui se passe à Gaza. Tout comme cela nous permet de comprendre la complexité du travail des secouristes dans une zone de guerre et la lourdeur administrative pour les mettre en branle. C’est donc instructif en plus d’être nécessaire.

Cependant, « La voix de Hind Rajab » pêche par la nature même de son procédé. Est-ce qu’il fallait faire un film comme celui-là à partir de ce drame? La question se pose. Et, surtout, on frôle un peu trop souvent le chantage à l’émotion. Et le contraire de l’intention de base se produit à maintes reprises : l’émotion reste en dehors, comme kidnappée. Il y a un excès de pathos qui est gênant. Comme si on nous forçait à pleurer, à nous apitoyer et à être outré par ce qui se joue devant nos yeux. Ne manque plus que la pancarte « indignez-vous »! En outre, certains partis pris formels sont étranges comme le fait de montrer ces téléphones avec les vrais intervenants à l’écran calqués sur la reconstitution ou les encarts noirs avec les vraies voies. Ce traitement nous fait décrocher et on se demande si un vrai documentaire ou une vraie fiction, chacun avec leurs règles, n’aurait pas été plus adapté que ce résultat bicéphale. Une œuvre importante sur bien des aspects mais qui s’avère donc bien trop politique et pas assez cinématographique et qui, par la force de certaines choix étranges et d’un excès de pathos, ne convainc qu’à moitié.

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