Jolie fantaisie surannée.
Après un petit détour moyennement convaincant par le film familial avec « La petite bande », un essai sur grand écran de transposition de l’imaginaire des livres La Bibliothèque verte, comme la saga « Le Club des Cinq », Salvadori revient à ce qu’il sait faire de mieux : les fantaisies entre chronique amicale ou comédie sentimentale. Sélectionné par Thierry Frémeaux pour ouvrir le Festival de Cannes cette année, « La Venus électrique » développe certes un certain prestige qui collait bien à cette occasion. Depuis que la grande messe cannoise a choisi de commencer les festivités non plus avec un blockbuster hollywoodien (la grande époque où « Da Vinci Code » ou un X-Men ouvraient le bal est révolue) mais un film français, c’est peut-être l’un des choix les plus judicieux et pertinent. Le cinéaste s’essaie pour la première fois au film d’époque et cela lui réussit plutôt bien. On n’est pas non plus dans la barre haute de sa filmographie (comme avec « Après vous... » ou « Hors de prix ») mais son nouveau film ne fait pas non plus partie de ses ratés.
Comme souvent dans ce type d’œuvres, ça passe ou ça casse. Rien que le terme assumé de fantaisie donne le la. On adhère à la proposition ou pas, on se laisse aller à la douce folie d’un film comme celui-ci ou pas. Ici, le postulat à base de télépathie, d’usurpation d’identité et de quatuor amoureux frôle parfois dangereusement le mauvais vaudeville. Mais le chic de la direction artistique, la distribution quatre étoiles et un côté flamboyant et suranné bien digéré emportent le morceau et nous font passer un délicieux moment. Du moins, durant une bonne partie du long-métrage. En effet, « La Venus électrique » dure plus de deux heures et une bonne heure et demie aurait largement suffi. Le film souffre de redites et de longueurs. En outre, le choix de proposer des dialogues anachroniques à des personnages ancrés dans l’entre-deux-guerres apparaît aussi osé qu’étrange. Parfois cela sonne bizarre et faux.
Si ce n’est ces quelques réserves, on peut assurément dire que l’on passe un bon moment. Et on le doit beaucoup à l’investissement d’un quatuor d’acteurs en forme olympique totalement assouvi à la proposition de leur réalisateur. Demoustier, Marmaï, Lellouche et Pons, tous les quatre brillent aussi bien individuellement qu’ensemble, sans que l’on puisse ressortir une prestation plus qu’une autre. Un très joli casting d’ensemble en quelque sorte. La mise en scène de Salvadori est assurée et très élégante en adéquation avec cette fable sur l’amour et le souvenir sertie dans le contexte de l’art. Si on ne vibre pas tant que cela au niveau romanesque, il y a assez de moments truculents et un comique de situation bienvenu qui fait son petit effet. En bref, « La Venus électrique » nous électrise peut-être pas autant qu’espéré mais c’est un objet assez singulier et maîtrisé pour qu’on s’y intéresse.
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