L'art de saboter un film un peu trop audacieux
Un moment, j’ai cru que c’était le Braveheart de notre époque. L’approche est audacieuse pour le cinéma américain : faire d’une foule le personnage principal comme dans Le Cuirassé Potemkine d’Eisenstein, mais transposé dans l’Angleterre médiévale. L’histoire vécue d’un soulèvement populaire en 1381 qui amorça le déclin du régime féodal en Europe.
Andrew Garfield est parfait dans le rôle de l’homme qui cherche à se fondre dans la masse, conscient que ce n’est pas les meneurs, mais la force du nombre qui importe dans cette affrontement avec les autorités. La réalisation de Paul Greengrass est nerveuse, perdue dans la foule, à l’affût des diverses énergies qui agitent ce rassemblement de gens désespérés.
L’un des moments fort, c’est lorsque les insurgés, pour la plupart illettrés, comprennent que le seul moyen de garantir leurs droits, c’est de les inclure dans une charte écrite. Cette prise de conscience fait contrepoint à la violence qui fait rage dans les rues de Londres. Il y a quelques maladresses, comme ces cris dans la foule qui donnent des informations aux spectateurs, mais l’ensemble est plus qu’honorable.
Malheureusement, il y a cette fin complètement bidon (exigée par le studio) où le personnage de Wat Tyler (Andrew Garfield) se transforme en Robin des bois au lieu de mourir pour la cause comme ce fut le cas historiquement. Parions qu’Hollywood voulait encourager le culte de l’élu plutôt que la solidarité.
D’ailleurs vendredi dernier, sur la page wikipédia du film, on précisait que l’histoire était basée sur un fait réel et on mentionnait les noms de Wat Tyler et John Ball. Ce lundi, sur cette même page, le nom des personnages historiques ont été supprimés. On présente le film comme étant l’origine story de Robin des bois. C’est ce qui s’appelle : saboter un film.
N’eut-été de cette fin bidon Uprising aurait mérité 3 étoiles et demie. Il devra se contenter de 3 étoiles. N’empêche que ce sabotage me révolte.