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La révolte (The Uprising)

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3 critiques

Bon
Sébastien Veilleux

L'art de saboter un film un peu trop audacieux

Un moment, j’ai cru que c’était le Braveheart de notre époque. L’approche est audacieuse pour le cinéma américain : faire d’une foule le personnage principal comme dans Le Cuirassé Potemkine d’Eisenstein, mais transposé dans l’Angleterre médiévale. L’histoire vécue d’un soulèvement populaire en 1381 qui amorça le déclin du régime féodal en Europe.

Andrew Garfield est parfait dans le rôle de l’homme qui cherche à se fondre dans la masse, conscient que ce n’est pas les meneurs, mais la force du nombre qui importe dans cette affrontement avec les autorités. La réalisation de Paul Greengrass est nerveuse, perdue dans la foule, à l’affût des diverses énergies qui agitent ce rassemblement de gens désespérés.

L’un des moments fort, c’est lorsque les insurgés, pour la plupart illettrés, comprennent que le seul moyen de garantir leurs droits, c’est de les inclure dans une charte écrite. Cette prise de conscience fait contrepoint à la violence qui fait rage dans les rues de Londres. Il y a quelques maladresses, comme ces cris dans la foule qui donnent des informations aux spectateurs, mais l’ensemble est plus qu’honorable.

Malheureusement, il y a cette fin complètement bidon (exigée par le studio) où le personnage de Wat Tyler (Andrew Garfield) se transforme en Robin des bois au lieu de mourir pour la cause comme ce fut le cas historiquement. Parions qu’Hollywood voulait encourager le culte de l’élu plutôt que la solidarité.

D’ailleurs vendredi dernier, sur la page wikipédia du film, on précisait que l’histoire était basée sur un fait réel et on mentionnait les noms de Wat Tyler et John Ball. Ce lundi, sur cette même page, le nom des personnages historiques ont été supprimés. On présente le film comme étant l’origine story de Robin des bois. C’est ce qui s’appelle : saboter un film.

N’eut-été de cette fin bidon Uprising aurait mérité 3 étoiles et demie. Il devra se contenter de 3 étoiles. N’empêche que ce sabotage me révolte.

Très bon
Emilie Desjardins

Critique

Bon film !

Bon
Rémy Fiers

Robin pas Hood.

Si Paul Greengrass n’est pas un cinéaste qualitativement constant, ses films sont tout de même généralement confectionnés avec soin et métier. Il a même quelques immanquables à son palmarès comme les « Jason Bourne » ou l’immense « Vol 93 ». Dans ses dernières livraisons, ses deux films de plateforme nous ont davantage convaincus que sa dernière incursion cinéma et cette nouvelle sortie semble confirmer cette tendance. Si dans ceux sortis dans les salles obscures lors de la dernière décennie, « Green Zone » souffrait d’un traitement opaque et que le western « La Mission » était peut-être son film le plus raté, en ce qui concerne les plateformes, ses histoires vraies de l’attentat norvégien narrés dans le magistral « Un 22 juillet » (sorti sur Netflix) et des feux de forêt californien avec l’étouffant et palpitant « The lost bus » nous avaient littéralement conquis et accroché à nos sièges. Avec ce film historique où il s’essaie à l’action de style médiéval, il confirme que ses oeuvres sortant en salles sont plus décevants depuis un certain temps, comme si les studios avaient plus de prise sur lui et ne lui permettaient pas de livrer le film qu’il a en tête.

Alors attention, « La Révolte » n’est pas mauvais. Au contraire, cela reste tout de même du cinéma de grande ampleur avec une vision et une ambition indéniable. Mais le grand film d’époque aussi impactant visuellement que fort politiquement n’est pas au rendez-vous. Déjà, depuis quelques semaines, le fait que la promotion soit passée en mode teasing des origines de Robin des Bois est quelque peu roublarde et malhonnête, même si les dernières séquences que l’on taira tente un rapprochement inattendu. Comme si le studio n’avait pas confiance au contenu intrinsèque initial du long-métrage. Pourtant, tout commence bien. La vénalité et la soif de pouvoir de l’entourage du roi sont bien dépeints et le ras-le-bol du petit peuple paysan est palpable en une séquence. Les enjeux sont bien posés et cette révolte sans temps mort propose aussi des séquences impressionnantes que ne renierait pas le Patrice Chéreau de « La Reine Margot » quand Paris vit les protestants massacrés lors d’une nuit mémorable.

Là où le bât blesse c’est clairement dans la narration. Les personnages que met en scène Greengrass ont un profil trop flou pour qu’on s’y attache. On a du mal à savoir qui fait quoi et pourquoi au sein de cette alliance tout comme les desseins du roi et ses changements d’idées apparaissent un peu trop mécaniques et soudains. Dans la même veine, les grandes lignes du script sont parfois brouillonnes sur les buts politiques, tactiques et les revendications des paysans. Le parallèle avec notre époque où les 1% s’engraissent sans vergogne face au reste du monde est bien senti et palpable mais facile. On regrettera aussi parfois des effets spéciaux douteux sur les fonds numériques mais niveau action le cinéaste est toujours la bonne école. Quant à ses choix de mise en scène (photographie saturée, montage énergique, ...), ils vont à contrario d’un film comme « Braveheart » pour rester dans cette période mais donne à « La Révolte » un cachet singulier, une patte qu’on aimera ou pas. Pas le grand film attendu mais un film correct et à voir tout de même.

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