Dur de rester jusqu'à la fin
Rien à comprendre dans ce film décousu et sans queue ni tête. Plate, obscur et prétentieux.
Rien à comprendre dans ce film décousu et sans queue ni tête. Plate, obscur et prétentieux.
Excellents comédiens.
Après nous avoir livré une comédie cynique et noire où trois amis voyaient leur partie de golf dérangée par un quatrième joueur au point de perturber leurs rapports dans un savant et joyeux jeu de massacre social, le cinéaste québécois Louis Godbout continue dans la même veine incisive et psychologique. Cette fois, c’est au sein d’une œuvre bien plus sérieuse convolant davantage avec le suspense et le drame mâtiné d’une étude de caractères. Si « Les Tricheurs » étaient très amusant et piquant, « La Place » est un film bien plus insidieux et tendu. Et les deux sont très sympathiques, laissant paraître un cinéaste qui a un univers bien à lui et qui sait très bien ausculter les comportements et les tempéraments. Sauf que, ce second long-métrage souffre de son excellente - voire magistrale - mise en bouche. Que l’on pourrait qualifier également d’ensemble de séquences inaugurales ou encore de premier tiers, au final peu importe comment on définira cette partie. On s’explique.
« La Place » part d’un postulat génial et prometteur comme celui de l’excellente série Netflix « Acharnés » ou comme un thriller routier de l’acabit du bourrin et efficace « Enragé » avec Russell Crowe. De la même manière ici, un désaccord ou incident en voiture va être la cause de bien des maux. Ici, deux véhicules se disputent une place de stationnement dans une petite rue tranquille. Ce qui commence comme un simple malentendu va aboutir à une situation complètement ubuesque et presque absurde. Cependant, ici, rien de drôle. Durant presque trois quart d’heure, le film va nous mettre la pression crescendo grâce à une mise en scène élégante et au cordeau, une manière d’occuper le cadre oppressant et un enchaînement de dialogues et de conséquences imprévisibles et extrêmement tendues. Ce qui aurait pu aussi être un (excellent) court-métrage qui s’arrête là se révèle d’une précision d’horloger sur tous les plans, qu’ils soient formels, narratifs et psychologiques. Cette admirable entame nous scotche à notre siège durant ces quarante minutes et nous met dans une posture de malaise. Mieux, ces séquences nous intriguent par le mystère de cet inconnu platonique et entêté. L’aura étrange dudit quidam nous hante... Bref, voilà une œuvre qui débute fort et avec une idée de départ impeccablement optimisée.
Malheureusement, comme si le long-métrage ne parvenait pas à se remettre de ce début tonitruant et magistral, la seconde partie nous convainc un peu moins. Pas qu’elle soit ratée, loin s’en faut, mais elle souffre de la comparaison avec ce qui a précédé. En outre, ambitieux dans sa volonté d’instaurer une part de fantastique dans l’équation, « La Place » ne la négocie pas toujours de la meilleure manière. Si cela permet quelques plans magnifiques (cet arbre en feu dans le champ la nuit...), c’est sur le fond que cela coince. En effet, plutôt que de rester sur le thriller psychologique le film se charge de symbolisme et de significations parfois cryptiques. Le comportement de Jo et de cet harceleur presque irréel (validé par les réactions du second rôle campé par un policier) ouvre des voies malheureusement trop opaques. Un simple suspense routier ou domestique nous aurait tout aussi bien convenu. On parle ici de dépression et de frustration et de l’anxiété de notre monde qu’un simple petit conflit du quotidien peut exacerber. Et il va catalyser toutes les névroses du personnage principal de belle manière jusqu’au surnaturel. La fin abrupte termine de rendre ce film anxiogène et qualitatif un peu trop sûr de ses effets, un film qui aurait dû continuer sur sa parfaite lancée initiale mais qui demeure tout de même hautement intéressant et volontaire.