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La petite dernière

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3.5Très bon
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2 critiques

Bon
g d

Le bébé de la famille.

Un peu de longueurs.

Très bon
Rémy Fiers

Émancipation douce et âpre.

Hafsia Herzi confirme qu’elle est en passe de devenir une grande réalisatrice ou, tout du moins, une réalisatrice sur laquelle il va falloir compter. Et, on pourrait même avancer qu’elle s’avère peut-être meilleure cinéaste qu’actrice au vu de ses prestations peu convaincantes dans ses derniers films (le très pénible « La Prisonnière de Bordeaux » et « Les gens d’à-côté ») si ce n’est « Borgo » où son jeu était en phase avec le sujet et le personnage. Et sa sélection en compétition officielle au dernier Festival de Cannes n’est pas usurpée tant « La petite dernière » y méritait sa place. Après un essai inaugural moyennement convaincant avec « Tu mérites un amour », elle a enchaîné dans une veine plus sociale avec le très joli portrait d’une matriarche maghrébine, « Bonne mère ». Elle s’élève encore plus ici avec ce troisième film où son talent de réalisatrice explose et où elle se montre en toute possession de ses moyens.

On sent le patronage de celui qui l’a révélée dans « La graine et le mulet » toute jeune, Abdellatif Kechiche. Surtout dans les premiers films de ce dernier. Un cinéma naturaliste au plus près des cœurs et des corps qui semble avoir influencé sa jeune actrice. Mais on est loin du copier-coller dans la manière de filmer son sujet et de l’appréhender. Herzi s’est tracé sa propre voie. Elle prend même le contrepied du film le plus célèbre du cinéaste, « La vie d’Adèle », en choisissant une histoire mettant en scène une lesbienne dans le rôle principal. Loin du versant cru et intense du film ayant révélé Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos, elle filme de manière tout aussi juste mais choisit la voie de la douceur avec un rendu très réaliste mais plus délicat. Rien n’est ici enjolivé pour autant, le récit est parfois âpre mais il évite tout voyeurisme ou scène choc.

Comment parler de « La petite dernière » sans évoquer la prestation incroyable de son actrice principale, véritable révélation qui n’a pas volé son prix d’interprétation cannois face à une concurrence pourtant féroce, composée de Jennifer Lawrence ou Renate Reinsve pour ne citer qu’elles. La jeune Nadia Melliti livre une de ces prestations intenses, brutes et immensément naturelles comme on en voit peu dans l’année. Et, ironie du sort, elle nous fait penser aux talents sidérants et encore innocents qu’à révélé Kechiche, de Sabrina Ouazani à Sara Forestier en passant par Adèle Exarchopoulos et... Hafsia Herzi.

« La petite dernière » est certes un film sur l’homosexualité quand on fait partie d’une famille musulmane et de cité. C’est surtout le récit d’émancipation d’une jeune femme qui va vivre sa sexualité. Pas à pas. Petit à petit. Et le scénario est à ce titre exemplaire tant il épouse avec justesse chaque étape d’un coming-out personnel. Le film embrasse un sujet polémique avec force et sincérité : celui de l’Islam face à l’homosexualité dans une scène aussi réaliste que terrifiante quant à la fermeture d’esprit de ce culte face aux personnes LGBT. Une scène nécessaire qui fait froid dans le dos. En revanche, il élude plus leur condition dans les cités si ce n’est une scène qui nous enrage de voir la bêtise des jeunes de cité face à un jeune gay. Il manque néanmoins un petit quelque chose de ce côté-là.

Herzi se montre de plus en plus à l’aise avec sa caméra et son cinéma est de plus en plus beau sans jamais pour autant se montrer ostentatoire ou prétentieux. Elle filme au plus près de ses personnages et de son actrice qui exprime tellement avec le regard et ses silences. Les scènes de rencontres sont sobres mais pas non plus trop pudiques. Elle sait toujours où et quand couper tout en nous gratifiant de quelques très jolis plans. Le film n’oublie jamais de saborder les clichés et sur un tel sujet c’est vraiment louable. La jeune cinéaste nous gratifie également d’une scène finale très émouvante entre une mère inquiète et sa fille qui s’avère aussi déchirante que solaire. On sort de « La petite dernière » conquis par un film beau et simple, promettant de belles choses pour une cinéaste qui ne cesse de s’améliorer.

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