On pourrait penser en regardant la bande-annonce, que nous allons avoir affaire à un Rock'n Nonne à la sauce québécoise (sans le caractère déjanté bien-sûr), mais il n'en n'est rien. L'ensemble ferait un peu plus penser aux Choristes,
version féminine, pour les frissons musicaux et émotifs que l'on peut y
ressentir. Bien que nous ne tombons pas dans le pathétisme à tout
casser, ce n'est pas un film léger ou humoristique, mais plutôt un
portrait d'une société en changement à travers l'histoire de Mère
Augustine qui dirige un couvent musical près de la rivière Richelieu et
de sa nièce Alice, nouvellement arrivée au couvent, qui possède un
talent incroyable et un goût pour la désobéissance propre à son âge et
son époque. Les religieuses font alors face à un gouvernement qui
développe l'école publique, gratuite et laïque et elles feront tout pour
sauver leur couvent.
Le film est une idée originale de Marie Vien, scénariste principale
et également auteure des dialogues. C'est elle qui a contacté la
réalisatrice d'origine suisse, Léa Pool, qui a un talent pour raconter
une histoire sans s'y immiscer, en laissant toute la place aux acteurs
(plus souvent des actrices), dans une réalisation transparente efficace
et à hauteur humaine. Pour ce film, Léa Pool a misé sur l'authenticité
en auditionnant non pas des actrices mais des jeunes prodiges de la
musique, directement au Conservatoire de musique de Montréal. C'est là
qu'elle a trouvé une jeune Bouchervilloise aux multiples talents,
Lysandre Ménard (Alice) qui porte vraiment le film sur ses épaules grâce
à son interprétation fraîche et pétillante et ses performances
musicales époustouflantes et justes. Toutes les jeunes pianistes que
l'on peut voir dans le film jouent réellement de leur instrument, ce qui
donne vraiment au film toute sa force. Élizabeth Tremblay-Gagnon
(Suzanne) offre aussi une interprétation brillante. Les jeunes actrices
sont de superbes découvertes et elles sont épaulées par des artistes
expérimentées de talent: Marie Tifo (très bien choisie pour le rôle),
une Diane Lavallée très juste, Marie-France Lambert (que l'on revoit à
l'écran avec plaisir), Maude Guérin, Valérie Blais et bien-sûr, la
toujours excellente Céline Bonnier.
Si ce film était hollywoodien, on se permettrait de parler un peu
plus de chaque département cinématographique puisqu'ils sont nommés aux
Oscars. Je fais ici mention de François Dompierre qui signe la musique
originale et différents arrangements de son cru, tel que l'hommage à
Schubert. Le mixeur sonore Luc Boudrias et tout le département son ont
fait un travail exemplaire et il faut aussi souligner le travail
remarquable du directeur photo Daniel Jobin et de la costumière Michèle
Hamel.
Si on devrait relever un problème ou quelque chose qui aurait pu être
amélioré dans ce projet, ce serait probablement le scénario, qui aurait
gagné à être un peu plus resserré, plus surprenant, plus accrocheur.
Somme toute, on a droit à un très beau portrait de l'époque bien fait
avec des émotions musicales justes, réalistes et puissantes, le tout
dans un soucis du détail, une subtilité dans le jeu des actrices, une
douceur et un respect dans la réalisation, avec certaines scènes qui
sont carrément de petits bijoux, celle entre autres du dévoilement des
religieuses qui doivent délaisser leurs anciens costumes au profit de
ceux plus modernes ou encore la scène finale, époustouflante au piano.
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