La (lente) agonie d'un mythe déconstruit
Il y a des histoires, légendes et mythes qui ont été racontées mille fois au cinéma, en série, en livre ou tout autre format. À tel point qu’il est difficile d’innover ou de leur apporter un semblant de nouveauté. À l’instar de celle du Roi Arthur pour rester dans le contexte médiéval britannique, le récit imaginaire de Robin des Bois a été maintes fois conté, sous bien des formes. Si on met de côté le dessin animé animalier de 1973 estampillé Disney, c’est probablement le film avec Kevin Costner, simplement appelé « Robin des Bois », qui a le plus marqué le cinéma, l’inconscient et les mémoires grâce à son carton en salles et au fil de ses multiples rediffusions télévisuelles. À peine dix ans après la dernière version passée inaperçue avec Taron Edgerton, voilà donc que débarque « On l’appelait Robin des Bois ». Il faut dire que, las, on allait un peu à reculons assister à une nouvelle version de l’histoire de ce personnage que personne ne réclamait. Heureusement, le film ne ressemble en rien à ce qui a été fait sur le personnage auparavant. Cela ne veut pas dire que c’est réussi, mais ça a au moins le mérite de tenter quelque chose d’inédit.
Le réalisateur de l’étonnant « Pig », où Nicolas Cage campait un trufficulteur à la recherche de son cochon truffier, du spin-off divertissant de « Sans un bruit » et qui serait également en lice pour s’occuper du prochain « Alien » entend donc nous offre une vision complètement originale de la légende du prince des voleurs. Ici, on suit un Robin des Bois vieillissant au crépuscule de sa vie, ce qui constitue une première nouveauté. Mais, surtout, « On l’appelait Robin des Bois » déconstruit complètement le mythe en le montrant comme un voleur et un brigand violent, sanguinaire et sans pitié. Pas de Dame Marianne ou de Shérif de Nottingham ici, on ne croisera que Petit Jean (sous un autre nom) aux côtés de cet anti-héros qui souhaite une mort digne. Le long-métrage de Michael Sarnoski décortique ainsi la notion de légende et comment elles se construisent au gré d’inventions, de rumeurs et de divers événements. On parle aussi ici du cycle infernal de la vengeance où la violence appelle la violence. Sans fin, inéluctable. À ce niveau, la proposition est bien écrite et percutante bien que manquant de nuances.
Hugh Jackman est royal dans le rôle de ce Robin des Bois en fin de vie. Et le premier acte, durant à peu près un tiers du film, est d’une puissance nihiliste assez impressionnante. « On l’appelait Robin des Bois » montre le personnage comme un vagabond dans un décorum sombre et désespéré du plus bel effet. Le film est d’une violence extrême et d’une cruauté rare où personne n’est épargné, femmes, animaux et enfants compris. Comme le tout est filmé dans des décors naturels somptueux, voilà une œuvre qui démarre fort, de manière magnétique et flamboyante. Malheureusement, une fois notre Robin arrivé au prieuré sur une île (que le film ne quittera plus), le long-métrage ronronne, devient monotone. On assiste à une rédemption étirée excessivement pour terminer sur la longue agonie d’un homme. Il y a quelques beaux et/ou bons moments mais on finit par trouver cela long, avec un rythme languissant que quelques bonnes idées de mise en scène ou narratives ne viennent pas dynamiser pour autant. La proposition est donc originale en prenant à contre-courant le personnage et son mythe. Elle ne convainc cependant pas sur le long terme en dépit de qualités esthétiques indéniables.
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