BLM en avance sur son temps.
Avant toute chose, il faut préciser que ce petit bijou méconnu est sorti avant les émeutes qui ont suivi le meurtre de George Floyd par des policiers en 2020 puisqu’il a été tourné en 2018 et est sorti en 2019. Donc bien avant que le mouvement Black Lives Matters prenne autant d’ampleur. Il est pourtant cité ici, à un stade embryonnaire, et donne à ce film un côté tristement visionnaire puisqu’il était impossible de savoir qu’il prendrait un tel tournant l’année suivante. La première scène de « The Hate U Give » donne le la et impressionne : un père dicte à ses enfants la conduite à suivre si l’un d’entre eux se fait arrêter par la police. « Ce qui arrivera forcément. » comme il le dit en indiquant donc un triste constat du racisme ambiant ayant court aux Etats-Unis et notamment au sein des forces de police. Une scène simple mais d’une force incroyable. Ensuite, avant qu’une bavure policière vienne corser les choses, le long-métrage prend les atours d’un film adolescent mais le but est nous présenter le personnage principal et de bien poser les choses. Avec puissance, justesse et un sens pédagogique rare, il déroule une petite histoire inventée qui en représente finalement tant d’autres. On pense forcément aussi aux récentes émeutes ayant ébranlé la France bien que le contexte et les raisons soient très différentes des deux côtés de l’Atlantique. En tout état de cause et sur plus de deux heures que l’on ne voit pas passer, ce petit film qui a tout des grands nous frappe, nous émeut, nous touche et nous fait réfléchir.
Sa force première vient de ses situations et de ses dialogues impeccablement écrits. Et, surtout, même si le film prend le parti de la population afro-américaine et tire à boulets rouges sur certains comportements abusifs des forces de police, il le fait sans aucun manichéisme. Le long-métrage de George Tillman Jr. nuançe même son propos lors d’une scène essentielle ou l’héroïne, seule témoin de la bavure, va dialoguer avec son oncle flic qui lui explique aussi le point de vue d’un policier tentant de faire respecter l’ordre et conditionné à une certaine hostilité de la population afro-américaine. Une séquence indispensable qui permet d’éviter tout jugement hâtif et d’entrer dans les zones de gris essentielles sur ce genre de sujet. « The Hate U Give » est un peu le pendant américain de certaines de nos œuvres françaises récentes sur le sujet telles que « Avant que les flammes ne s’éteignent » ou « Les Misérables ». Il parvient à évoquer des thèmes difficiles en traitant tous les aspects du problème avec, certes, un point de vue et des convictions bien campées sont exprimées.
La dramaturgie du film est en outre très forte. Plusieurs moments intenses et poignants touchent notre corde sensible et il est difficile de ne pas être ému sans que cela tombe pour autant dans le larmoyant ou le chantage à l’émotion. Et tout le casting est au diapason et se pare d’un jeu pertinent et impeccable. Si la mise en scène demeure classique, ce n’est de toute façon pas le genre d’œuvre qui nécessite des délires visuels ou une marque esthétique particulière. C’est soigné et surtout tout à fait adapté au fond. On regrettera peut-être la toute fin qui prend une direction un peu trop idyllique tranchant avec tout ce qu’on a pu voir auparavant. Cependant, « The Hate U Give » est un film qui gagne à être vu et s’en sort avec les honneurs d’un sujet hautement polémique et abrasif. Il nous parle de faits avérés, de choses qui doivent changer et se positionne donc comme une œuvre importante et d’utilité publique.
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