(Bonne) Folie à deux.
Le second film de Maggie Gyllenhaal est arrivé dans la douleur. L’actrice devenue rare sur les écrans (et accessoirement sœur de Jake) est passée réalisatrice avec le film d’auteur « The lost daughter », une œuvre minimaliste et psychologique peu attrayante et trop hermétique. Changement radical de sujet (et de budget) avec « The Bride! ». Le film a été doté d’une enveloppe conséquente pour un film d’auteur, même si de style premium et à vocation populaire; on parle de près de 100 millions de dollars hors frais marketing. Il est donc à ranger dans la même catégorie que « Sinners » ou « Une bataille après l’autre ». Tous des films produits par la Warner et dits de prestige, du casting aux ambitions. Des œuvres qui ont eu ou auront des destins différents : carton plein inattendu pour « Sinners » et relatif succès mais budget non amorti pour « Une bataille après l’autre » qui aura cependant le mérite d’être nommé partout pour la saison des récompenses. Pour « The Birde », les critiques – public comme professionnelles - sont assez partagées et malheureusement son premier weekend au box-office a été catastrophique et présage du premier gros bide stratosphérique, un accident industriel même, de 2026.
Les reports de sortie, les reshoots et un film difficile à vendre n’ont pas dû aider mais ce sera un cas d’école (même si plutôt triste et injustifié) à mettre en parallèle d’un autre immense bide récent de la Warner avec un sujet finalement assez similaire. En effet, il mettait aussi en lumière une romance entre monstres/fous baigné dans une tonalité singulière et ressemblante : il s’agit bien sûr de « Joker : folie à deux ». Sauf que « The Bride! » est bien plus réussi et aimable que le doigt d’honneur de Todd Phillips à ses fans après un premier opus magistral et devenu culte. C’est déjà beaucoup tant le projet était casse-gueule mais que l’autrice s’en tire plus que bien pour qui fera l’effort de goûter à son univers et faire fi des aléas de production.
Et, hasard du calendrier, le film sort quelques mois après le plutôt réussi et gothique « Frankenstein » de Guillermo del Toro. On ne peut pas le voir comme une sorte de spin-off pour autant tant la manière d’appréhender le mythe est différente. Pourtant, Gyllenhaal utilise le matériau de Mary Shelley, souvent citée ici en mode méta, pour le tordre à sa manière et composer une œuvre folle et baroque qui s’éloigne fortement de l’œuvre initiale sur la créature de Frankenstein. Que ce soit concernant le cadre spatio-temporel (l’Amérique des années 30 ici contre l’Europe cent ans plus tôt pour Del Toro), le côté romance punk et barrée, l’aspect suspense et film de gangsters ou encore la patte féministe très contemporaine apposée par la cinéaste, on n’est pas vraiment dans une prolongation cinématographique féminine de l’illustre roman.
Il n’empêche - et malgré des stigmates de sa production houleuse qui se ressentent parfois à l’écran - « The Bride! » est loin d’être le raté annoncé et il est même bon. On sent par instants que Gyllenhaal aurait voulu aller plus loin dans son délire mais que les producteurs ont dû la restreindre. Il y a aussi quelques longueurs et répétitions pas trop préjudiciables. Mais, surtout, quelques facilités narratives gênent durant le film. Notamment concernant le personnage de Pénélope Cruz qui fait des déductions un peu trop faciles durant la partie policière et se retrouve un peu trop aisément au bon endroit, au bon moment, à l’instar du personnage joué par John Magarro. Mais on ne s’en formalisera pas tant cette intrigue secondaire n’est pas vraiment le cœur du film et que ses qualités se situent ailleurs, dans des domaines plus intéressants.
D’abord, on sent le budget conséquent à l’écran. La reconstitution du Chicago et du New-York des années 30 est opulente et s’avère un régal pour les yeux. Quant à la mise en scène, elle est vraiment de toute beauté et la cinéaste ne manque pas d’idées comme ces inserts dans les films en noir et blanc vus au cinéma par les personnages et comme lors de cette chute dans les escaliers très théâtrale ou encore lors d’une soirée très dark dans un vieux club où les genres s’entremêlent. Ou tout simplement quand vient la transformation très réussie de la fiancée. Ensuite, le discours féministe et très MeToo sur les violences faites aux femmes, fondu dans ce film à l’esthétique polar des années 30 très probante, est plutôt bien sentie.
« The Bride! » alterne avec un dosage pertinent romance et course-poursuite à la « Bonnie & Clyde » (film qui a du beaucoup inspiré la cinéaste) avec beaucoup de fluidité, enchaînant les séquences chocs à bon rythme. Jessie Buckley est génialement déchaînée et nous assène une nouvelle prestation de folie où elle excelle sans déborder, ne laissant que de place à ses partenaires, notamment à un Christian Bale étonnamment sobre. Après son rôle déchirant dans « Hamnet » qui devait lui valoir l’Oscar cette année, elle devient une actrice douée et incontournable. L’apparition de son frère Jake dans le rôle d’un acteur et de son mari Peter Sarsgaard dans le rôle d’un flic sont savoureuses. Pénélope Cruz et Annette Bening finissent de garnir avec goût ce joli casting pour une proposition originale et maîtrisée de bout en bout malgré ses menus défauts. Du bel ouvrage!
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