On aurait aimé davantage l’apprécier ce film québécois ambitieux qui dénote grandement dans le cinéma de la Belle Province de par son financement privé, le genre qu’il investit (le thriller psychologique mâtiné de fantastique, ce n’est pas courant au Québec...) et le fait qu’il ait été tourné en anglais pour davantage s’exporter à l’international au fin fond de la reculée Gaspésie. Et on ne peut pas dire qu’il ne soit pas réussi. C’est carré, prenant, bien interprété et réalisé. Mais il y a un énorme hic qui joue sur tout le ressenti que l’on peut avoir durant la projection et gâche pas mal le plaisir : le rebondissement final sur lequel tout le script est articulé se devine dès les premières minutes. Et pourtant, l’auteur de ces lignes n’a pas forcément le don pour deviner ce genre de choses mais là cela semble tellement évident pour qui va régulièrement au cinéma.
En effet, le scénario écrit pourtant par cinq personnes (!) fait comme si on n’avait pas déjà vu, notamment dans pas mal de films fantastiques américains des années 2000, ce twist maintes fois de manière plus ou moins identique. Alors le problème qui se pose c’est qu’on a toujours une longueur d’avance sur le personnage principal et que tout le suspense et la surprise inhérente à cet épilogue s’évapore dès la première partie. Dès lors, la seule façon d’apprécier « Snow Angel » est de le regarder comme si c’était la seconde vision pour voir si tout se tient. Il faut se mettre dans la peau de ceux qui cherchent des failles dans le script, de manière ludique, et voir si tout cela est cohérent et sans trous dans le scénario. Et la bonne nouvelle, c’est que oui, c’est probant dans les grandes lignes. Cette manière de visionner le film comme un correcteur n’abîme pas la pertinence du script. On peut donc y passer un bon moment vu sous cet angle même si ce n’est pas le but.
C’est tout de même dommage car l’ambiance confectionnée par Gabriel Allard pour son premier film est en tous points impeccable. Le climat de « Snow Angel » en plus d’être glacial de par sa situation spatio-temporelle est judicieusement inquiétant. Anxiogène même. Il parvient à rendre la quête de son personnage principal effrayante et surtout paranoïaque. Et l’ambiance sonore du meilleur effet, faite de cordes lourdes et imposantes, rend le tout encore plus stressant et donc réussi à ce niveau. Il n’y a aucune chute de rythme hormis quelques répétitions, c’est plutôt prenant de bout en bout sur les quatre-vingt-dix minutes qu’il dure. On est donc encore plus déçu de ne pas s’être fait avoir, de ne pas tomber des nues pour le final. Car oui, on aurait tellement aimé s’être trompé pour être surpris et encore plus apprécier cet essai convaincant au-delà de ce problème majeur surtout que Catherine Bérubé porte admirablement le film sur ses épaules.
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