Corde demi-raide.
Cela faisait huit ans qu’on n’avait pas vu Gus Van Sant aux manettes d’un film de cinéma. Son dernier opus « Don’t worry, he won’t get far on foot » n’avait pas laisse grande impression et son avant-dernier, « Nos Souvenirs » encore moins. Il faut remonter à Promised Land » en 2013 ou à « Harvey Milk » en 2008 pour dénicher un opus convaincant ou mémorable de cet auteur marquant et réputé. Il n’a pas chômé entre temps puisqu’il a produit quelques productions et surtout réalisé des épisodes de série comme « Feud ». Pour son grand retour, il passe par la petite porte puisque « La Corde au cou » n’a guère eu beaucoup de publicité outre-Atlantique et qu’il semble tenter un changement de registre sans totalement convaincre. Avec l’adaptation de ce fait divers ayant défrayé la chronique dans les années 70, il surprend mais on le préfère sur ses terrains de prédilection habituels.
L’histoire vraie de cet homme qui prend en otage le fils du patron d’une compagnie de prêts qu’il l’aurait abusé n’est pas le genre d’histoire avec laquelle on attendait le réalisateur de la Palme d’or « Elephant ». On voit bien ce qui a pu l’intéresser ici outre le côté suspense de la prise d’otages iconoclaste perpétrée ici. D’abord il y a ce côté David contre Goliath qui existait donc déjà dans les seventies où de petites gens se retrouvaient honni par des grandes sociétés sans scrupule au nom du profit et de l’argent. Puis, en filigrane, on retrouve les prémisses de la télé-spectacle qui va exploser dans les années 90 avec ladite prise d’otages retransmise en direct. Sauf que « La Corde au cou » joue sur trop de tableaux et s’éparpille entre les différents seconds rôles censés représentés ces différents thèmes (la journaliste, l’animateur de radio, le légal, les différentes forces de police, ...). Van Sant veut trop en dire avec cette histoire et reste en surface.
Cependant, « La Corde au cou » se suit bien. Et s’il y a un gros manque de tension à force de passer d’un personnage à un autre et qu’il y aurait pu avoir plus d’humour (noir), on passe un moment relativement agréable devant ce film bien mis en scène. En effet, Van Sant singe la patine et certains effets de l’époque avec maestria. La reconstitution d’époque est de bon goût et on admire l’atmosphère. Et, encore une fois, la prestation du décidément versatile et toujours impeccable Bill Skarsgaard est impeccable. Cet acteur est vraiment capable de tout jouer et de passer d’un rôle à l’autre avec une prestance d’équilibriste. On apprécie également les trois scènes avec Al Pacino, cinglant et détestable. Bref, pas le grand retour attendu pour Van Sant, mais un film sympathique et d’échauffement en attendant de le retrouver plus aguerri.
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