Arnaque au vitriol québécois.
C’est ce qui s’appelle du bon et du grand cinéma. Deux heures de pur plaisir avec un scénario très intelligent et surtout beaucoup de fond. Denys Arcand revient donc en grande forme avec « La chute de l’empire américain » qui clôt sa trilogie sur le Canada après « Les Invasions barbares » et « Le déclin de l’empire américain ». Les trois films n’ont aucun rapport narratif mais ils auscultent et prennent le pouls tous trois et sous différentes formes d’un pays et d’un peuple. Dans ce nouveau long-métrage, il part d’une trame de polar avec hold-up et magot qu’il faut blanchir, pour nous offrir une satire sociale féroce et intelligente du capitalisme, de la finance et plus largement une réflexion sur le pouvoir de l’argent. Vaste programme dans lequel le réalisateur et scénariste aurait pu se noyer. Bien au contraire, il se surpasse tant l’écriture est parfaite et le film captivant de bout en bout hormis une ou deux scories. La première est que la mise en scène est juste fonctionnelle et aurait mérité un peu plus de caractère et la seconde concerne la love story se déroulant dans le film qui nous apparaît peu probable voire quelque peu niaise en plus de dénoter du reste du film.
Dès la scène d’introduction et ce dialogue sur l’intelligence qui permet de connaître Pierre-Paul le protagoniste principal, on sent que le film sera pointu, le contexte travaillé et la proposition d’Arcand intéressante. Sur deux heures que dure le film on ne s’ennuie pas une seule seconde. Mieux, on ne voit pas le temps passer. Le scénario est méticuleusement écrit et fait la part belle à des dialogues succulents, parfaitement mis en situation. Et ce sont ces fameux dialogues tantôt drôles, tantôt sarcastiques, tantôt terrifiants sur le fond, qui permettent à Arcand de tirer à boulets rouges sur le monde de la finance, le gouvernement, la police, les gangs de Montréal et surtout questionner notre rapport à l’argent. Les mots choisis et la manière dont ils sont mis en bouche confèrent au génie. On boit les paroles des protagonistes en plus d’apprendre beaucoup de choses. Une écriture d’orfèvre donc, précise mais surtout divertissante et instructive.
Quant à l’histoire en elle-même, elle est clairement captivante. Entre humour noir et polar, ce sac de nœuds qui voit intervenir une dizaine de personnages autour de cet argent trouvé lors de ce hold-up raté est génial. C’est clair, concis et on ne s’emmêle jamais les pinceaux. On est pris par le suspense tout comme amusé par les péripéties de ces apprentis gangsters et du duo de flics à leurs trousses. Les acteurs sont impeccables mais c’est surtout Maripier Morin, une star québécoise dans son premier grand rôle au cinéma, qui épate en escort-girl futée. Elle revisite le cliché de la pute au grand cœur avec brio et sa beauté irradie le film. Ajoutons Rémy Girard en ancien membre de gang sorti de prison et épris d’économie et Pierre Curzi en avocat roublard qui sont tous deux royaux au sein d’un casting aux petits oignons. La morale est sauve sur la fin, en forme de pied de nez, mais notre société et le capitalisme en général en prennent pour leur grade au sein d’une intrigue policière parfaitement négociée. Du pur plaisir de cinéma intelligent, engagé et maîtrisé.
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