Voilà un film québécois que l’on peut clairement qualifier d’OVNI cinématographique tant il ne ressemble pas à grand-chose de connu. Pas qu’on soit dans une bizarrerie à la David (Cronenberg et /ou Lynch, au choix), pour ne citer que des exemples mythiques dans les cinéastes de l’étrange. Non, mais plutôt dans une petite œuvre fauchée au script imprévisible et à la tonalité décalée saupoudrée d’un humour (très) à froid. Un film peu commun que ne renierait pas les frères Coen. De l’atmosphère à l’histoire en passant par la forme, « Jour de merde » est donc un film peu hors des sentiers battus et inattendu ce qui est généralement plaisant. Mais son problème principal résulte dans le fait que ce qui aurait certainement été génial sur un (long) court-métrage, l’est beaucoup moins sur un (court) long-métrage d'une heure et demie. Et le film porte tous les stigmates d’une bonne idée bien trop rallongée et qui semble maladroitement étirée.
Le point de départ est imaginatif et original, on ne peut le nier. Une femme divorcée qui travaille pour la loterie nationale doit aller remettre son chèque à un gagnant vivant en ermite à trois heures de Montréal en plus de l’interviewer. Sauf que le monsieur en question est un drôle de bonhomme qui refuse l’interview tandis que son ex la harcèle pour récupérer son fils qu’elle a amené avec elle. A partir de cette prémisse incongrue et intrigante, rien ne sera prévisible, pour le pire et pour le meilleur. Sauf que, passé ces débuts incongrus, « Jour de merde » fait du surplace durant une heure et ne raconte plus grand-chose. Les deux personnages s’offrent une sorte de confrontation qui n’avance pas ou peu et on finit par s’ennuyer à force d’attendre qu’il se passe quelque chose. De plus le film a un aspect fauché que seules quelques idées de mise en scène parsemées de-ci, de-là (comme celle du prologue) parviennent à sauver d’un côté presque amateur.
« Jour de merde » se dirigeait donc droit vers le mauvais film ou l’œuvre totalement inutile jusqu’au derniers tiers. Un acte final d’une bonne trentaine de minutes qui sauve le film. Les deux sœurs de l’ermite débarquent après un événement et là c’est presque un remake de « Affreux, sales et méchants » ou de « Le Père Noel est une ordure » à la sauce Poutine. Le film se mue alors en un jeu de massacre jubilatoire à l’humour noir plutôt bien négocié ou Réal Bossé, dans un rôle voisin de l’excellent « Jusqu’au déclin » en version dégénérée, excelle ainsi que les deux actrices qui jouent ses sœurs. Là le temps passe vite, on se régale et on se demande pourquoi cette partie n’a pas été prolongée. Bref, il faut le mériter mais le troisième acte de ce film québécois atypique vaut le coup d’œil sans pour autant effacer l’ardoise des ratés des deux premiers.
Plus de critiques cinéma sur ma page Facebook Ciné Ma Passion.