Encore un film québécois qui nous en met plein la vue cette année. Non pas par son caractère impressionnant en matière de grand spectacle ou d’effets spéciaux mais par l’émotion incroyable qu’il nous procure et la beauté de ce qu’il met en scène et raconte. Après, entre autres, le magnifique « Il pleuvait des oiseaux » sorti il y a deux mois ou encore la comédie ado « Jeune Juliette », le cinéma de la Belle Province ne cesse de surprendre, d’adapter avec une grande réussite des romans ou des pièces de théâtre (comme ici) et de toucher à bien des genres avec maestria, mettant le plus souvent la condition humaine en premier plan. « Jouliks » est magnifique en tous points et il est difficile de lui trouver un quelconque défaut hormis celui d’avoir une voix off un peu trop présente et surlignant trop ce que l’on voit déjà à l’écran un peu lourdement. Et un autre plus dommageable qu’on laissera à l’appréciation de chacun: utiliser ce processus narratif à la mode qui consiste par commencer de la fin pour expliquer comment on en est arrivé là. Ici c’était tout à fait dispensable et ça enlève forcément un certain effet de surprise et une forte charge émotionnelle au long-métrage.
Sinon, durant deux heures, c’est à un bonheur incessant en images que nous convie Mariloup Wolfe. Entre la chronique familiale avec un fond social tels que peut nous en présenter le japonais Kore-Eda, les films du terroir à la française comme « Les Enfants du marais » ou les œuvres sur les gitans de Tony Gatlif, « Jouliks » est un mélange probant qui dégage un univers propre et se départ totalement de son origine théâtrale. Une douceur incarnée film qui fait fonctionner la nostalgie du temps passé à plein régime et qui le fait bien. Cet aspect suranné est aussi bien représenté dans les choix des lieux de tournages que dans les décors ou les costumes sans jamais en faire trop. Un temps révolu qui agit en nous comme une Madeleine de Proust quand bien même on n’a pas vécu en ces lieux et cette époque. Un aspect primesautier aussi dans l’ambiance qui nous fait penser à « Manon des sources » notamment grâce à la petite Yanna, transfuge d’Emmanuelle Béart. Et encore une fois chez les enfants acteurs, cette petite est totalement incroyable. Émouvante, drôle, espiègle, juste, naturelle et confondante de maturité, Lilou Roy-Lanouette est une découverte à laquelle le film doit beaucoup.
Le reste de la distribution est au diapason et on est passionné de bout en bout par le drame puis la tragédie que va vivre cette famille pas comme les autres, tiraillée entre un désir de liberté représenté par le père issu de la communauté gitane et la conformité sociale de l’époque incarnées par une grand-mère aigrie. C’est d’ailleurs le sous-texte social de « Jouliks » que de confronter une certaine pauvreté par choix qui entraîne une mise à l’écart de la société face au progrès et à la norme sociale de l’époque. C’est traité en filigrane mais c’est présent de manière fine et intelligente par le biais du passage sur l’école ou celui sur l’église. Mais le cœur du film est dans les rapports qu’entretiennent tous les membres de cette famille en crise, vus par les yeux de cette petite fille. Cette œuvre jongle avec moments à la fois drôles et tendres, séquences plus tristes et tendues à cause d’échanges électriques entre les protagonistes ou scènes bucoliques et admirables qui mettent en valeur l’enfance telle qu’elle était vécue dans le temps et prônant le retour à la terre. « Jouliks » parvient à frapper en plein dans le mille sur chacun de ces aspects. Le long-métrage sait être bouleversant sans en faire trop et cette belle histoire magnifiquement filmée imprime fort dans notre esprit. A l’image du dernier plan avec le regard désespéré de la petite Yanna. Un film déchirant qui fait rêver autant qu’il émeut avec des choses et des sentiments simples. Inoubliable.
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