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J'étais un étranger

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Rémy Fiers

Globalisme, bien-pensance et pathos nichés sous de bonnes intentions.

On est ici face à un film à portée politique, il faut donc l’analyser aussi bien du point de vue cinématographique que sur son discours. Réaliser une œuvre sur les réfugiés de guerre – et on pourrait étendre sur les réfugiés et les immigrants en général – est un exercice difficile voire casse-gueule. En effet, il est complexe dans le monde du cinéma d’écrire un script qui les stigmatise ou qui montre les effets potentiellement néfastes de ces vagues d’immigration. Pas qu’il faille le faire nécessairement mais on est donc plus habitué à voir des œuvres sur le sujet extrêmement bien-pensantes et récompensées par le milieu très à gauche du septième art comme « Mon Capitaine » ou « L’Histoire de Souleymane ». Et le défaut de ces films est toujours le même : il n’y a aucune nuance. Le film serait vite taxé de xénophobe, raciste ou autre, s’il prenait un angle opposé. Et ce serait vrai. Il faut en effet montrer la détresse de ces personnes, les différentes raisons pour lesquelles elles fuient leur pays, la dangerosité de leur périple pour venir tout comme la précarité de leur vie une fois arrivées. En revanche, il serait tout aussi logique de décrire les problèmes que cela engendre, les mauvais côtés de ces différents types d’immigration et ne pas verser systématiquement dans le dolorisme le plus béat, l’empathie excessive et l’apitoiement sans nuances. Un juste milieu donc et un portrait plus nuancé. Comme les œuvres citées plus haut, « La Passage » tombe dans les mêmes travers avec un misérabilisme extrême (qui peut être justifié) ainsi qu’un excès de pathos (plus condamnable et sournois). Et si on a des convictions qui vont un peu ou complètement à l’encontre de ce type de portrait, qu’on n’est pas adepte de manichéisme mais de davantage de réalisme et de la notion de cette fameuse notion de juste milieu de plus en plus absente dans nos sociétés, ce type d’œuvres apparaîtra forcément abusive dans son propos et manquant de justesse en plus de prendre les spectateurs en otage par l’émotion.

En revanche, « Le Passage » montre bien comment, à cause d’un conflit armé (ici la Syrie de Bachar el-Assad), des millions de gens peuvent être amenés à être chassés ou à fuir leur pays contre leur gré. Tout comme il décrit parfaitement la manière dont certaines personnes sans scrupule vont profiter de ces tragédies et de cette misère pour s’enrichir (le rôle d’Omar Sy dans un contre-emploi étonnant). Alors si le fond semble parfois un peu malhonnête, il y a une réalité qu’on ne peut nier qui est bien montrée. Le film fait le choix du film choral divisé en chapitre pour peindre les différentes facettes de ces mouvements de population particuliers. On a donc cinq chapitres avec cinq personnages mais, malheureusement, on n’a pas le temps de s’attacher à eux en à peine vingt minutes. Le montage est quant à lui assez habile, nous laissant sur un mini cliffangher à la fin de chaque partie qui autorise un certain suspense. Notons également la mise en scène à l’américaine plutôt habile de Brandt Andersen, accentuant le suspense et la tension. Voilà donc une œuvre aux bonnes intentions mais au fond qui pourra déplaire, selon comment on se situe personnellement sur le sujet. C’est un long-métrage qui ne parvient pas à encapsuler la totalité du problème, en occultant certaines de ses causes et de ses conséquences plus polémiques. En revanche, si la forme est convaincante, elle n’est pas vraiment adaptée à un sujet comme celui-ci, empêchant l’émotion qui doit être compensée par des artifices presque fourbes (musique grandiloquente, excès de misérabilisme, ...). Bref, un film très moyen et un peu raté qui se referme cependant sur une séquence sublime en plus d’être habile et ouvrant une jolie réflexion.

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